Féros n° 1

 

Un titre évocateur, qui interpelle, forcément: Féros. Et pourtant une allure si sobre : lettres rouges comme tracées à main levée au pinceau, sur une couverture mordorée comme pourrait l’être un déshabillé. Mais cette sage apparence est trompeuse et fait contraste avec un contenu qui nous conduit aux frontières troubles de l’érotisme. Annuel et lié à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon, où vivent les deux co-fondateurs, Florence Andoka et Clément Gagliano, ce cahier aborde la question du désir et de la sexualité – des sexualités –, sans paillettes ni pincettes. Comprenez que ce projet éditorial s’écarte de cette démarche esthétisante que l’on peut voir diversement déclinée dans Edwarda, Irène ou L’Imparfaite, récentes revues artistico-érotiques sans doute plus stylisées mais moins radicales. Féros, elle, se veut plus crue. Ou comment la création fait fond sur la pulsion ; disons qu’Éros est ici plus lunaire que solaire. Cela donne un ensemble des plus hétérogènes, où l’écrit (sans doute le nom de Catherine Robbe-Grillet est-il le plus connu du sommaire) répond à l’image. Polymorphe, proliférante, l’image : dessins (Clara Citron, Cendres Lavy, Mirka Lugosi), encres de Chine (Apollonia Saintclair), huiles (Lise Stoufflet), captations vidéos (Julien Salaud), collages (Amanda Wieczorek), photographies (Paul Kooiker) et même, plus surprenants, des travaux qui utilisent des moyens d’expression comme la céramique (Luce de Tetis) ou la broderie (Cath Orain), etc. ; oui, multiples sont ici les représentations du désir à l’œuvre, « empreintes de nos pratiques sensibles », pour citer Gagliano. Qu’il se donne sur le mode de l’excès ou de la sensualité, du trash ou du kitsch, du carnavalesque ou de l’onirisme, le désir prend corps, à chaque fois rejoué, à chaque page rebattu comme un jeu de cartes.

Léo Byne