Contr’un

par Yoann Thommerel
2008, in La Revue des revues no 41

Contr’un
No 1, octobre 2007
Périodicité : annuelle
Directrice de la publication : Nathalie Pascaline
Adresse : Le Grand souffle éditions
24, rue Truffaut 75017 Paris
Tél : 01 42 94_25 50
www.legrandsouffle.com
info@legrandsouffle.com
ISSN : 1960-7156
Prix : 17,50 €

« La revue des individus au carré », ainsi se définit en couverture Contr’un, revue carrée (ou presque). 4 angles droits, et autant de côtés égaux (ou peu s’en faut) : ? 22×22 ? cm.
Sur cette même couverture, 4 noms : Jouffroy/Machiavel /Novalis/Marx, géométriquement mis en scène dans un même carré orange, décentré au sein d’un plus grand carré gris aux mesures de la revue. Qu’on soit d’abord intrigué ou agacé par ces jeux, se renforcera assurément au fil des pages – 222 au total – et des quatre parties de la revue – intitulées Le Carré, Le Gué, Contretextes et Individuo-logiques – le sentiment d’une grande cohérence dans ces choix de mise en forme. Cohérence entre le projet et sa forme de quadrilatère (pratiquement) régulier, cohérence surtout entre son programme et le choix de lui donner la forme d’une revue.
Tout part d’Alain Jouffroy, et du livre Le Gué, publié en 1977 chez Christian Bourgois, livre dans lequel l’écrivain et poète tire une ligne entre Machiavel, Novalis et Marx, ligne qui met en relation chez chacun de ces penseurs les questions de l’individu et de l’utopie. Ligne qui a creusé le passage dans lequel s’engagent aujourd’hui, 30 ans plus tard, les contributeurs de Contr’un, et Jouffroy en premier chef, suivi de quelques
écrivains, poètes et philosophes.
Un programme politique et philosophique s’en trouve réactivé, celui de l’Individualisme révolutionnaire que définissait ainsi Jouffroy : « Théorie et pratique du rôle révolutionnaire de chaque individu dans la vie de tous les individus », et dont il planifie ici la première avancée pratique : « une reconnaissance de la souveraineté de tous les individus par chacun d’entre eux – un pont jeté à travers eux vers l’impossible. » Un programme qui n’a pas été appliqué (« c’est le moins qu’on puisse dire » écrit Philippe Sollers plus loin), mais qui pourrait l’être. Un programme qui propose une reconstruction et une réorientation de la pensée révolutionnaire, un programme conscient des impasses du passé qui se réécrit et se prolonge par une relecture de ses fondements. Philippe Sollers ou Malek Abbou relisent Jouffroy, Françoise Dastur Novalis, Daniel Bensaïd Marx, Cristina Ion Machiavel. D’autres participent : Jean-Luc Nancy, Jean-Pierre Faye, Michel Surya, Nathalie Quintane ou Bertrand Bonello pour ne citer qu’eux.
Ensemble, ils étirent les traits amorcés par Jouffroy et les revues que ce dernier créa et anima. Ils raniment les aspirations d’anciennes revues trop éphémères – comme Apparatus, au numéro unique (décembre 1966) –, et proposent ce cheminement auquel Jouffroy invitait déjà : « celui qui va de Un à Plusieurs ». Contr’un est ce carré ouvert aux individus qui, rassemblés, entendent le déborder (de là peut-être les ? de ses mensurations). Un espace actif, propre à certaines revues, qui permet comme nul autre de faire « jouer aux singularités la carte de la multiplicité. » À l’heure où les héritages de 68 sont ordinairement vilipendés, Contr’un apparaît comme un ilôt de résistance. On pourra seulement s’inquiéter de sa superficie.

Yoann Thommerel


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