Comœdia, un journal sous influences

[Comoedia]

par Olivier Gouranton
1997, in La Revue des revues no 24

L’hebdomadaire Comœdia, sous-titré « hebdomadaire des spectacles des lettres et des arts », voit sa parution s’échelonner du 21 juin 1941 au 5 août 1944. Il reprend le titre d’un quotidien disparu en 1937, même s’il s’avère foncièrement différent. Malgré une prétention affichée à
l’indépendance, Comœdia est contrôlé en sous-main par les autorités allemandes. En conclure que ce journal, riche en signatures prestigieuses, fut une tribune d’une propagande intellectuelle discrète gagnée à la cause des nazis est cependant discutable. En effet, une ligne éditoriale clairement collaborationniste est introuvable. Si le rédacteur en chef, René Delange, donne des gages aux Allemands allant jusqu’à écrire dans un questionnaire que son journal a pour « but principal d’aider à une totale collaboration franco-allemande », il n’hésite pas à publier parallèlement des articles d’auteurs hostiles à l’Allemagne nationale socialiste. Parmi les 3 396 articles que nous avons analysés, 4,8 % présentent un intérêt politique (le plus souvent une tonalité pro-allemande) mais une dépolitisation du journal se manifeste sur l’ensemble de la période. L’étude de Comœdia pendant la seconde guerre mondiale renvoie à une conception de l’art qui pourrait selon les mots de René Delange « enrayer les conséquences de la défaite. Par ailleurs, ce journal permet d’avoir un aperçu d’une partie non négligeable de l’intelligentsia d’alors. Le passage de Comœdia devant la Cour de justice du département de la Seine en octobre 1946 se solde par un non-lieu qui n’efface pas les ambiguïtés de la parution. Considérer Comœdia aujourd’hui requiert de se dégager quelque peu du clair-obscur de l’époque pour poser quelques jalons tout en se défiant d’une tentation moralisatrice.

Comœdia, a journal under control
Comœdiawas subtitled « the entertainment, art and literature weekly » and was published from June 21, 1941 to August 5, 1944. This had been the title of a daily which ceased publication in 1937, though the later one turned out to be a fondamentally différent journal. Despite its claims to political independence, Comœdia was in fact controlled by the German authorities. However, it would be unwise to conclude that this newspaper, with its plethora of prestigious signatures, was a vehicle for a subtle form of pro-Nazi propaganda. In fact it is impossible to discern a clearly collaborationist editorial tendency here. Although editor René Delange gave allegiance to the Germans, even going as far as stating in a questionnaire that his newspaper’s « main aim is to work towards total franco-german collaboration », he unhestitatingly published parallel articles by authors hostile to National Socialist Germany. Out of 3,396 articles analysed, 4.8 % have a political bias (usually with pro-German overtones), but
taking the period as a whole, the newspaper is depoliticised. A study of the wartime Comœdia echoes a conception of art which could, according to René Delange « bring into check the consequences of defeat’. Furthermore, the newspaper gives an idea of a quite a large section of the intelligentsia of that time. Although Comœdia‘s appearance before the Seine département Court of Justice in October 1946 ended in a withdrawal of the case, the ambiguities of its publication were not erased. In order to consider Comœdia today, one has to step back from the twilight zone of the time to be able to judge events clearly, while avoiding the
temptation to moralise.


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