Altitudes

No 1, 2001, no 2-no 3, 2006

par Françoise Dufournet
2007, in La Revue des revues no 40

L’altitude, entendue comme une attitude

« Altitudes n’est pas une revue consacrée à la pratique de l’alpinisme envisagée comme un champ d’expérimentation sportive, mais comme un éloge de la haute montagne célébrée par ceux qui l’aiment, la pratiquent et la rêvent… » C’est ainsi qu’Hubert Odier, rédacteur en chef, oriente le propos de cette magnifique revue au format inusité – immense, comme son sujet. Loin de la technicité pure du récit de montagne, on lit ici de la littérature : mélange de récits, de poésies, de réflexions, etc., auquel s’ajoutent d’exceptionnels portfolios – la montagne vue – et transfigurée – par l’oeil de photographes, eux aussi amoureux de leur sujet.
Altitudes se présente comme l’héritière de deux autres revues, lesquelles, il y a 20 ans, avaient inventé une autre façon de traduire l’expérience de la haute montagne : Passage et Ascent. « En 7 numéros, la première imposait un ton nouveau en publiant des essais, des commentaires, des notes et divagations… et dont le titre Passage, faisait résonner quelque chose très proche de ce qui est en poésie, chemin, itinéraire » (avant-propos, Altitudes no 1). Héritière aussi de la superbe revue californienne Ascent, plus technique, orientée vers la pratique de la très haute montagne, illustrée de splendides cahiers-photos qui ont fait sa renommée internationale.
Le projet d’Altitudes : « En somme, rassembler un contenu littéraire de qualité, une vraie richesse visuelle, et une réalisation graphique qui en fasse une belle revue, intelligente et esthétique. » (Hubert Odier)
L’« objet » même impose le respect, et suscite le désir : de se laisser séduire par la force des images, de rêver avec les textes, si l’on décide de s’éloigner du monde pour aborder un autre univers. Comme le dit Michel Serres, « la haute montagne et la haute mer ont ceci en commun avec la hauteur du ciel, qu’on appareille vers elles. » (« Cordes et dénouement », no 1). Ici, textes et photos, qui se partagent la revue à parts égales, désirent rendre palpable un monde d’une autre dimension, pour peu qu’on soit sensible à la solitude et à l’immense liberté de qui s’adonne (se donne) à la montagne. Sans perdre de vue que l’altitude est aussi une attitude : une éthique du bon usage, de la bonne distance. Le rêve contre l’ambition ? La contemplation, contre la consommation de masse ? Reinold Meisner contre Erri de Luca ? (no 1)
La montagne a d’abord affaire avec le Beau, le beau qui va avec l’émotion ; que tout est affaire de regard : l’émotion est aussi puissante dans la Montagne Sainte-Victoire (photos de Béatrix von Conta, no 1), que dans une randonnée en Provence (« En lisant Giono », de Luc Cerize, no 2), ou dans les montagnes du Yosémite, du Tibet et de la Patagonie… Le bonheur est le même : dans toutes les montagnes, « on peut y marcher des heures pour l’extraordinaire récompense de s’offrir soi-même au vent et au ciel. » (Michel Serres, no 1).
« Reflets de nos passions et de notre curiosité, trois domaines principaux vont désormais structurer chaque numéro annuel : un corpus de textes qui ne craindra pas la diversité – des textes inédits, mais aussi des morceaux choisis chez des auteurs connus mais peu familiers des revues de montagne (Jacques Dupin, Maurice Chappaz, Erri de Luca, Philippe Jaccottet, Dino Buzzati, Michel Serres, Primo Levi, René Daumal avec un dossier sur le Mont Analogue, no 3) ; un important portfolio, où l’on prendra la mesure de l’oeuvre d’un artiste photographe en montagne (Bradford Washbum sur le massif de l’Alaska, Golen Rowell sur la Patagonie, Bernard Tartinville sur les Alpes françaises) ; une monographie de référence (description technique destinée aux alpinistes) sur un massif montagneux (Tibet, Alaska…).
Où l’on voit les rapports créatifs que l’alpinisme entretient avec la littérature. « Tout cela est une pensée de la nature qui joue avec nos propres pensées : marcher et penser, pour moi, c’est la même chose » (Maurice Chappaz).


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