
Les livres de poche, je connais bien. Très bien, même. Et pour cause : pendant plusieurs années, j’en ai tenu la chronique dans un magazine littéraire grand public. Ce fut pour moi l’occasion d’en découvrir la toujours plus grande diversité, la plupart des maisons d’édition s’étant dotées, ces quinze dernières années, d’une collection de ce genre. On se doute bien pourquoi : parce que les lecteurs apprécient, évidemment, le faible encombrement de ces maniables bouquins, mais aussi, et non moins évidemment, leur modération tarifaire. Quand on est un gros lecteur (et a fortiori si on a un budget contraint), le prix des bouquins a son importance !
L’univers des poches est donc vaste et varié, tant et si bien qu’il forme, on peut le dire, un patrimoine culturel à part entière. « Rien qu’en France, rappelle dans son préambule le n° 39 de Riveneuve Continents intitulé ‘Le Poche, territoire de créations’, ce format représente un livre vendu sur trois. » En ouvrant cette livraison, on pensait que le sommaire de la revue proposerait différentes contributions sur l’histoire, par exemple, de ce domaine de l’édition en expansion continue aussi bien en France qu’ailleurs. Or son approche est toute autre, puisque la revue se concentre uniquement sur la collection de poches maison des éditions Riveneuve, ‘Pépites’, lancée en 2019 avec un premier ouvrage, Léopold Sédar Senghor : l’art africain comme philosophie signé Souleymane Bachir Diagne, collection qui compte désormais une trentaine de titres.
Dernièrement, elle a évolué à travers ‘Pépites jaunes’ (en raison de l’attractive couleur solaire de sa couverture en kraft), sa nouvelle appellation, et surtout avec une direction de collection confiée à l’écrivain-sociologue sénégalais Elgas. À charge pour lui, depuis début 2025, de choisir les textes qui y sont publiés, souvent des essais courts et percutants, qui font dialoguer, sur le mode de la transdisciplinarité assumée et stimulante, philosophie, littérature, économie, sociologie et sciences humaines au sens large. L’orientation de cette nouvelle collection au format poche consiste à valoriser une « pensée batailleuse et soucieuse de tenir l’équilibre précieux du désaccord sans l’hostilité ». Par les temps qui courent, friands en clashs artificiels et raccourcis clivants, c’est faire œuvre de salubrité mentale…
Ce numéro braque ainsi le projecteur sur le fond propre des éditions Riveneuve en nous invitant, par une sélection d’extraits, à passer en revue les thématiques abordées par la collection ‘Pépites’ et aujourd’hui ‘Pépites jaunes’, qui la prolonge. Cette succession d’aperçus a un double intérêt : établir un panorama représentatif de l’esprit de la collection, d’une part, et bien sûr susciter l’envie du lecteur, d’autre part, de pousser plus avant la lecture (en se procurant tel ou tel livre dans son intégralité). Bref c’est un peu, si on veut, sur le principe des « bonnes feuilles » que fonctionne ce présent numéro de la revue Riveneuve Continents. Chaque extrait est précédé d’une courte notice introductive – contextuelle plus qu’explicative – qui balise et borne le sujet abordé par les ouvrages échantillonnés dans ces pages.
Cette façon de mettre en lumière le catalogue de ses propres poches montre, soit dit en passant, la cohérence éditoriale d’une maison d’édition qui a depuis ses origines, on le sait, l’Afrique au cœur (mais pas que, loin s’en faut) et la curiosité à l’affût. Sankara, Sony Labou Tansi, le panafricanisme, le postcolonialisme, la question migratoire, la pratique du vélo ou de la danse, l’amour de la mer… voilà, pêle-mêle, quelques-unes des figures et des notions qui font l’objet des livres parus sous l’accrocheuse bannière des ‘Pépites’… et que ce numéro un peu spécial permet de mettre en valeur.
Anthony Dufraisse