Il faut construire des cabanes. Nioques, la poésie s’expérimente.

Un entretien avec Jean-Marie Gleize*

 

Dans l’atelier contemporain

 

Nioques n° 1, Crest : La Sétérée, 1990.

Le projet Nioques ne surgit pas ex nihilo, bien sûr. Il y a d’abord un « désir de revue », qui m’est personnel. J’ai fait mes études à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, à une époque où, du côté de l’Université expérimentale de Vincennes, et des éditions du Seuil, dans un climat de grand bouillonnement intellectuel, politique, épistémologique, naissaient presque simultanément des revues comme Semiotica, Langages, Langue française, Poétique, Littérature… et où s’imposaient comme lieux de la créativité dite textuelle des revues d’« avant-garde » comme Tel Quel ou Change. à côté de et contre les institutions et le discours académiques, la prolifération des propositions novatrices, la stimulante concurrence « théorique », l’excitante ambiance polémique, l’atelier contemporain. Comme dans les années vingt et trente, les choses réellement importantes se trouvaient dans les revues, et leurs prolongements éditoriaux (la collection Poétique, la collection Tel Quel…). Et puis il y a une première ébauche de Nioques, une petite feuille, transformée bientôt en micro-revue, intitulée d’abord « Manuscrits autographes », puis « Acid.e », à partir de janvier 1986. Il s’agissait d’abord, pour Michel Crozatier et moi, d’accompagner des lectures publiques, en divers lieux de la ville d’Aix-en-Provence (librairies, galeries) en demandant aux auteurs invités une page d’un manuscrit en cours, photocopiée sur papier calque, apparaissant en transparence dans un ovale dessiné par le peintre Jean Louis Vila. L’idée était bien celle de l’atelier, de l’intervention simple et rapide, de la mise en évidence du travail.

 

Donner suite à l’avant-garde, à Ponge.

 

Lorsqu’en 1990 nous créons la revue Nioques c’est grâce à l’éditeur (sculpteur également, et graveur) Jacques Clerc qui publie à Crest dans la Drôme des livres d’artistes à l’enseigne de La Sétérée. Le contexte est clairement alors, dans le champ de la poésie, à l’idéologie du « retour » (voire de restauration). Après une double décennie de pratiques expérimentales et de surchauffe « théorique » (ressentie par certains comme « terroriste »), les milieux de la poésie (notamment autour de La NRF) sont traversés par un fort courant que je nomme « repoétique » : retour aux fondamentaux, aux critères intangibles de la littérarité poétique, aux formes diverses du lyrisme conçu comme critère ultime de la spécificité du genre. La raison qui surdétermine la décision de fonder Nioques tient étroitement à ce contexte : il s’agit de réagir contre la réaction, de placer l’entreprise ouvertement sous le signe de Francis Ponge qui toute sa vie a pratiqué la poésie comme critique de la poésie et qui d’ailleurs se trouvait au sommaire du numéro un de la revue Tel Quel en 1960, avant que la revue n’intègre un autre des tenants historiques de la poésie critique, de la « mécriture » énergumène, Denis Roche ; et de faire entendre que les questions ouvertes par la tradition moderne et l’héritage avant-gardiste, ne peuvent en aucune manière être considérées comme épuisées, et demandent qu’on les reprenne, qu’on les reformule, qu’on les prolonge… Ainsi les dix premiers sommaires de la revue seront marqués par la volonté de faire coexister écrivains ayant compté durant la période « avant-gardes », textualistes ou formalistes (Maurice Roche, Denis Roche, Jacques Roubaud…), poètes de ce qu’Emmanuel Hocquard a désigné comme témoignant d’une « modernité négative » (Jean Daive, Anne-Marie Albiach, Alain Veinstein, Claude Royet Journoud – qui a co-dirigé un historique numéro 10, le dernier de cette première série), et jeunes écrivains encore très peu connus (Pierre Alferi, Nathalie Quintane, Christophe Tarkos).

 

L’éditeur, son modèle et le mouvement d’ensemble

 

N’ayant aucune compétence technique particulière, je tenais à m’adresser à un éditeur qui serait à même de penser la maquette, d’assurer la mise en page, la conception, la diffusion… Jacques Clerc n’a donc pas été un simple éditeur pour moi, mais un collaborateur au sein du comité de rédaction, avec Bernard Carlier, artiste plasticien, lui aussi ; l’un et l’autre, plus inspirés que moi par le modèle que pouvait alors constituer la prestigieuse revue L’Éphémère, ont contribué à nuancer ce que ma position de principe pouvait avoir de plus « offensif », délibérément soucieux d’assumer un héritage de ruptures et un rôle d’éclaireur… La différence avec mes propres modèles (pas, ou plus, des revues « de poésie » stricto sensu) était principalement celle-ci : laisser la théorie au dehors (en d’autres lieux), proposer une recherche « en actes », accueillir des textes incluant la théorie dans la pratique, selon en somme une démarche systématiquement « proématique », très pongienne. La revue n’était alors pas soutenue par un collectif, ni même un embryon de groupe, mais j’avais le sentiment qu’elle participait d’un mouvement d’ensemble, parce que c’est bien dans cette même décennie 90 que, pour des raisons analogues à celles qui m’avaient incité à créer Nioques, naissaient des revues comme Java (Espitallier, Sivan et Maestri), Tija (Chaton et Fiat), TTC (Tholomé), Revue de littérature générale (Alferi, Cadiot)… L’esprit de recherche, d’expérimentation et de résistance à toutes les entreprises de régression formelle était bel et bien partagé…

 

La révolution c’est le style

 

Nioques o 1, Marseille : Al Dante, 1996.

Il y a eu quatre éditeurs : le premier est donc à Crest, Jacques Clerc, qui publie à La Sétérée des livres d’artistes ; le second est à Marseille d’abord, puis à Paris, Laurent Cauwet, qui crée les Éditions Al Dante en même temps à peu près que nous décidons d’y publier Nioques et de doubler la revue d’une collection « Niok » ; le troisième est Franck Fontaine, jeune écrivain et artiste, qui crée à Lyon la petite structure éditoriale Su-cure/Sale ; enfin Yves Jolivet qui accueille en 2008 la revue dans le catalogue des Éditions le mot et le reste à Marseille. Il est clair que la relation à l’éditeur n’est jamais la même. Dans un premier temps l’« intervention » de l’éditeur est à la fois technique et esthétique ; Jacques Clerc est lui-même un artiste, il se fait en tant qu’imprimeur-éditeur une certaine idée du « dialogue » entre les plasticiens et les poètes, et nous devons tenir compte de l’éventuel écart entre une perspective qui entend « célébrer » la poésie et une perspective (la mienne) qui entend perpétuer son procès, à tout le moins la maintenir en son état « critique ». Dans la seconde phase les choses étaient très différentes et sans doute plus simples dans la mesure où pour l’essentiel les positions de l’éditeur étaient très proches de celles que nous entendions défendre : expérimentation formelle, subversion idéologique et politique, radicalisation des positions et des procédures : « Ne rien mentir. Altitude zéro. La révolution, c’est le style ». Nous avons ensuite tenté de poursuivre dans la même direction avec Franck Fontaine mais la structure créée s’est révélée trop fragile et, malgré deux numéros que je trouve absolument magnifiques, nous avons été obligés de renoncer. Ce n’est qu’après un moment de silence que nous avons retrouvé avec Yves Jolivet, l’élan nécessaire. Nous pensions, nous pensons toujours, que le propos de Nioques est en consonance avec ce que veut indiquer le nom de cette maison, le mot et le reste : il s’agit de faire se joindre et dialoguer les mots (poésie, post-poésie, toutes formes actuelles et transgénériques d’écriture) et « le reste » ; de ne pas tenir la philosophie, l’esthétique, l’histoire et la critique sociale loin des gestes de la création. Nous parlons à ce propos de « partition commune ». Pour le dire en un mot nos éditeurs sont à nos yeux des partenaires, des interlocuteurs, des amis ; s’ils n’étaient pas « engagés » comme nous le sommes, Nioques ne pourrait exister.

Nioques no, Lyon : Su-cure/Sale, 2006.

 

Du réalisme pratique : la revue et sa circulation

 

C’est la raison pour laquelle Nioques n’est pas une revue dont le manuscrit est directement confié, par son comité de rédaction, à un imprimeur, mais précisément intégrée à une maison d’édition qui a bien voulu en accepter la responsabilité matérielle (ce qui suppose un minimum d’accord, de la part de l’éditeur, sur les présupposés et le projet portés par la revue), c’est bien la conscience où nous sommes du caractère extrêmement fragile du système à l’intérieur duquel nous évoluons ; les revues ne sont pas les bienvenues dans les librairies, les revues papier ne sont pas (ou plus) des objets de consommation courante (ici je fais comme si je me souvenais d’un temps où ce fut le cas…), etc. Je considère l’intégration à un projet éditorial comme absolument nécessaire et même vital ; il s’agit d’un point de vue « réaliste » : la revue bénéficie d’un système de diffusion et distribution qui existe, c’est l’éditeur qui intègre l’objet revue à son programme de demandes de subventions s’il y a lieu, etc. Tant que l’éditeur peut considérer qu’il y a, de fait, une pertinence symbolique forte à la présence de la revue dans son catalogue, les écrivains qui la font peuvent consacrer toutes leurs forces à la recherche des manuscrits, à la construction des sommaires…

 

Comment ça circule

 

Je ne sais pas trop comment « circule » la revue dans ces premiers temps. Ni même ensuite, d’ailleurs. Ce qu’on perçoit, c’est qu’elle circule, puisque « on » en parle (dans les magazines et certains journaux), puisque « nous » recevons des textes par la poste, puisqu’ «on » nous invite à présenter la revue, organiser des lectures à partir de la publication de tel ou tel numéro, etc. Ainsi dans le numéro 10 (hiver 1990-1991) de La Revue des revues, Jean-Didier Wagneur présentait « le cru 90 des revues en France » où Nioques était décrite comme échappant à toute volonté programmatique, tandis que dans le « Présentoir » qui faisait suite à l’article la question était posée de savoir si, vingt ans après la préface d’Éros énergumène (Denis Roche, 1968), les conditions existaient pour un nouveau « collectif génération », dans un contexte « sans gnossienne, ni Gnose, ni Connaissance (fût-elle de l’Ouest), avec la gnoque phonétique pour seule compagne ». à notre grande surprise c’est aussi bien dès 1992, alors que la revue existe depuis à peine deux ans, que Blaise Gautier nous invite au Centre Pompidou pour une soirée Nioques dans le cadre de La Revue parlée, soirée accompagnée d’une exposition des principaux artistes présents dans les premières livraisons de la revue. Dans mon souvenir la salle était pleine et cela pouvait s’entendre comme une manière de reconnaissance, ou en tout cas comme un certificat d’existence. La revue est alors, conformément à ses intentions explicites, perçue comme une revue de recherche, soucieuse de ne pas rompre avec l’héritage expérimental et critique. Il n’y a pas, dans ces années là, de « groupe », mais ceux qui s’adressent à Nioques (les plus jeunes) ont sans doute le sentiment qu’il s’agit d’un lieu, ou d’un instrument, particulièrement ouvert à leurs tentatives.

 

Ouvrir la poésie, la veille de l’expérimentation

 

Et ce qui évoque pour moi le mieux la relation entretenue avec ces auteurs en début de course (si j’ose dire) c’est le texte de Christophe Tarkos paru dans le numéro 2 de la nouvelle série, en 1996. Tous les envois de Tarkos étaient accompagnés de lettres où cherchait à se dire quelque chose d’une conception de la langue, de la « poésie ». Ainsi, dans ce numéro j’ai tenu à publier, avant le texte, ce moment de dialogue qui m’a semblé faire partie intégrante de son « geste », l’auto-explication permanente et impossible : en l’occurrence ici ce qu’il avait à me dire du « mot » et de ce qu’il désignait comme de la pâte ou « patmo » : « dans sa petite pâte il [le mot] a l’intérêt de la poussée de sa petite pâte qui ne dit rien… ». Les auteurs sont rencontrés (dans des lectures publiques, sur les bancs des institutions universitaires…) partout où il y a de l’inquiétude et du désir de donner forme, de la « poussée » comme il disait. Hasards, circulation attentive et guetteuse, et fiévreuse, évidemment.

 

Sortir de la poésie

 

Il est certain que la revue a évolué, et que la toute première série était contemporaine du débat (un peu fatigué aujourd’hui) qui pouvait opposer, ou au moins distinguer, à l’intérieur du champ restreint de la poésie contemporaine, et des théorisations (ou tentatives de réflexion) qui l’accompagnent, les tenants d’un néolyrisme, d’une poésie repoétique, et l’hypothèse d’une reformulation « littéraliste » de l’écriture, en écho à la fois aux formalismes/textualismes des années 70 et aux écritures de la « modernité négative », sensible aux traditions objectivistes anglo-saxonnes et aux courants « language » des deux côtes américaines. La série suivante, avec de nombreux jeunes écrivains détachés des préoccupations formelles et théoriques de la génération précédente, s’est en effet attachée à publier des textes intégrant, de façon critique et/ou ludique les formats et les matériaux de la culture « médiatique », à mettre l’accent sur des dispositifs hétérogènes, par prélèvements, pontages, montages de textes, schémas, images, documents, etc. à la faveur de quoi, progressivement, s’est éloigné le spectre de la « poésie » stricto sensu au profit de pratiques impures, trans- ou post-génériques. C’est ce à quoi je pense quand je parle de « sorties ». De fait, dans la toute dernière période, il se trouve que s’est renforcé le sentiment de résistance (à ce que Ponge appelait l’« ordre des choses »), et imposée la nécessité de renouer avec la question « politique ». Cette évolution est vécue et partagée par ceux que nous entourent et travaillent avec nous ou non loin, mais il ne m’est pas possible de parler de façon générale d’une évolution de la poésie aujourd’hui, d’autant qu’on voit bien comment perdurent les conceptions les plus traditionnelles de la poésie (y compris traditionnelles « modernes », obsédées par la question du vers, par la défense crispée d’une identité poétique formelle se méfiant de tout « alliage » diabolique, etc.). La question pour moi, et pour Nioques est à la fois la question de la langue (mais peut-être plutôt des langages), la question des formes ou formats de la représentation-figuration d’un réel au moins autant virtuellement réel que réellement virtuel, et notre capacité de réponse et de résistance aux formes multiples de l’oppression, de l’exclusion, du contrôle, etc.

 

Contre l’intoxication

 

Pas d’édito, bien entendu. Nioques n’est pas un mensuel d’opinion ou un quotidien d’information, c’est une revue qui propose, compose et expose des textes et autres objets d’art (verbal) contemporain. Si l’on regarde bien il y a d’ailleurs parfois des éléments destinés à éclairer le propos : le numéro 6 de la dernière série s’ouvre sur un rappel, ceci entre autres : « Que signifiait pour nous, dès 1990, la référence à Francis Ponge ? La simple nécessité d’articuler aussi rigoureusement que possible une critique radicale de la poésie (…) et une puissante thérapie contre l’intoxication : « ces gouvernements d’affairistes et de marchands… », et, un peu plus loin : « En un mot nous souhaitons confirmer la dimension réellement politique de notre communauté et de notre revue… » Page suivante, une explication de la publication dans cette revue d’un texte de Julien Coupat écrit alors qu’il était encore incarcéré à la suite des arrestations de Tarnac en 2008. Lorsque cela paraît nécessaire, donc, des éléments d’appui, mais bien évidemment pas d’orientation de la lecture autre que celle qu’indique assez et depuis assez longtemps le titre de la revue. Une pluralité d’expériences singulières, de propositions, d’« actes » au-delà ou en deçà du principe de « poésie », un « flux », oui, composé par nous, mais que chaque lecteur recompose à son tour, et à son gré. Rien de « fixe » en tout cas, un devenir, oui. En ce sens entière confiance est faite au lecteur, initié ou pas, de traverser librement, ou de se détourner.

 

Nioques no 7/8, Marseille : Le mot et le reste, mai 2010.

Composer la revue comme un texte – et la petite boîte magique sur le tapis

 

Les sommaires ont toujours été je crois le résultat d’échanges, de mises au point collectives ; ce que j’ai appris de Claude Royet-Journoud, c’est qu’un sommaire de revue est comme un texte, une affaire de montage, de syntaxe, de composition, d’écriture. La question n’est donc jamais ni thématique, ni formelle. Mais il est très difficile d’en parler. Quelque chose, lentement, finit par se mettre en place. Il faudrait ici considérer un volume, et s’interroger sur la façon dont il « tient », quel type d’équilibre il suggère, quels contrastes ou dissonances il met en œuvre, etc.
Enfin, il va de soi que ce que nous faisons est susceptible de se décliner sur des supports extrêmement variés (du poster à la vidéo en passant par divers formules d’enregistrement sonores), mais l’objet revue est clairement un livre (collectif), et nous travaillons par ailleurs à la construction d’un site qui pourra accueillir des textes ou documents de toute sorte complémentaires de ceux auxquels nous donnons forme imprimée dans la revue, ainsi qu’à un certain nombre d’informations quant aux différentes interventions publiques (lectures, performances, etc.) dans le cadre de notre association « Nioques-Outside ». Je reste malgré tout quant à moi absolument persuadé du caractère irremplaçable de cette petite boite magique dont on peut tourner les pages allongé sur le tapis.

 

Des actes préparatoires

 

Quelques mots pour finir plus immédiatement liés à la relation entre cette tentative « extérieure » et mon propre travail d’écriture. Cela revient à ce que je disais au début de la période des cent fleurs (ainsi je nomme l’éclosion de cette multitude de sources d’énonciation éditoriale à la fin des années soixante et durant les années soixante-dix) : la revue comme atelier et comme laboratoire. Où s’essaie et se « documente » le travail en cours. Mais aussi comme : poste de tir. D’où l’on voit se préparer et s’exposer la partition adverse, à quoi il faut se donner les moyens de répondre, ou de riposter. Si diverses soient nos propres propositions quant à la sortie hors du champ de la « poésie » proprement et restrictivement dite (aux débordements et dérivations hors de son « lit »), si différentes les façons dont, les uns et les autres nous envisageons l’invention des formes diverses de la « prose en prose(s) », l’économie littéraliste, l’activité post-poétique, voire post-générique, nous restons conscients des zones de partage, et de la nature éminemment conflictuelle des enjeux. Pour ma part, dans mon dernier livre, Tarnac un acte préparatoire, je substitue, ou superpose, à l’atelier ou laboratoire, la « cabane ». Le texte propose et répète un énoncé qui pourrait résonner comme un mot d’ordre : « il faut construire des cabanes ». Un groupe d’étude libre, fonctionnant sur des bases non hiérarchiques et communautaires à l’intérieur d’une structure académique fonctionnant, elle, à l’ordre hiérarchique, au régime de la concurrence et au mythe de l’excellence individuelle, est une manière de « cabane ». Même chose pour le groupe de ceux qui, à Tarnac, malgré les menaces que font peser sur eux des poursuites judiciaires éminemment douteuses, travaillent sur un mode qui me semble être celui d’une « politique expérimentale » à poser les bases d’une vie alternative, à nouveau respirable. Les cabanes sont des lieux d’autonomie provisoire, des lieux fragiles, on y passe, on y accueille, on sait qu’elles peuvent être détruites. On les reconstruira ailleurs. Les revues sont aussi des cabanes. Comme ces livres que j’essaie d’écrire elles relèvent de ce que certains nomment des « actes préparatoires ».

 

Propos recueillis par Éric Vautrin

 

*Entretien initialement paru dans La Revue des revues no 46. Nous le mettons en ligne pour saluer le poète, décédé ce 13 mars 2026.