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Olivier Corpet (4 septembre 1949- 6 octobre 2020)

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort d’Olivier Corpet. Avec quelques-uns, il avait fondé l’association Ent’revues et La Revue des revues : sa passion, son insatiable énergie avait permis à ces deux petites machines de s’inscrire durablement dans le paysage intellectuel, de trouver les moyens de se développer, de s’imposer, de faire justice aux revues, d’inventer des formes pour les faire valoir. Travail pionnier et novateur.

Olivier, homme de revues : ils les avaient chroniquées pour Libération, avait dirigé un temps Autogestion, présidé à la réédition d’ Arguments chez PrivatLes revues étaient sa passion première : « C’est mon goût immodéré des revues qui m’a donné le goût des archives. » écrivait celui qui en 1988 allait co-fonder l’IMEC.

On trouvera dans de multiples textes et interventions la profondeur et la perspicacité de ses vues sur le phénomène éditorial qu’inventent depuis près de deux siècles les revues. En 1988, il donnait une long entretien au Bulletin des Bibliothèques de France qu’il faudrait citer en entier tant il reste d’actualité et accumule les analyses stimulantes sur ces objets aussi fragiles que précieux et méconnus:

« Il est beaucoup plus important, en revanche, de souligner que la revue est un genre en soi, autonome, avec sa dynamique propre, sa logique, et qu’en tant que produit fragile, économiquement faible, elle nécessite à tous les niveaux un traitement particulier, approprié à ses spécificités, différent donc de ce qu’on pratique pour le livre ou la presse en général. La revue est le moins banalisé, et donc le plus difficilement normalisable, des produits de l’édition. »

« Le travail des revues se situe aux antipodes de la facette de plus en plus spectaculaire d’une partie de la vie intellectuelle ou littéraire. Il peut être un efficace antidote aux poisons de ce spectaculaire car il suppose un travail lent, en profondeur, souterrain, fait d’humilité, de patience, d’opiniâtreté. Un travail aux effets non immédiats, un pari sur le temps. En ce sens, la revue peut apparaître comme une forme anachronique de création et de communication.»

Trente ans après, en 2017, dans un dernier entretien sur les revues donné aux Cahiers du GRM (réalisé  par Thomas Franck et Caroline Glorie, préparé avec l’aide d’Alain Loute et François Bordes), il déclarait fidèle à sa pensée de toujours : « Oui, je conçois la revue comme moment d’autogestion de l’intelligentsia. C’est le moment où, en créant une revue, l’intelligentsia s’approprie ses moyens d’expression. Cela se voit à l’artisanat de la revue, à ce mini-monde qui essaie de construire un dispositif éditorial singulier. »

Reconnaissance.

 


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