Faros

Moi qui ne sais me tenir à la montagne, y être, en être, cette nouvelle revue m’enchante à tous points de vue. La montagne est le thème de son premier numéro. Faros est son titre.

 

Nous avions laissé la revue Klaatu (revue de cinéma de science fiction et de genres, voir RdR n° 50), sur la promesse d’un nouveau projet de publication de la part de ses animateurs, Lohengrin Papadato et Julien Beauchêne. Ils travaillent à Tours. À peine avons-nous tourné le dos que cinq/quatre livraisons de Ithaac sont apparues dans l’année 2014. Nous n’avons pas eu cette dernière en mains : à en voir les couvertures sur les sites des éditions, l’on reconnaît le monde graphique de Klaatu. Les animateurs étaient jeunes alors, et encore rattachés aux écoles d’art. Cet environnement permet les maturations : Faros naît cet automne 2015. Le sous-titre précise Paysage, Territoire & Création Contemporaine.

 

Le thème de ce premier numéro est la montagne donc.

 

En 116 pages, la revue va développer son propos de façon systématique, dense, sans faiblesse.

 

 

La typographie est grasse, noire (Mural, de Romaric Fargetton), les pages pleines. Les couleurs sont assourdies : la montagne est enneigée, sans doute, souvent, mais les beaux jours n’ont rien de strident, dans les œuvres choisies, dessins, photographies d’expositions, d’installations, de sculptures… Il faut dire que le papier recyclé, épais, participe à une vraie ambiance intérieure : la couverture, 1re et 4e brumeuses, les premières et dernières pages pleines des photographies de Stefan Tulépo bornent cette revue, vous isolent et vous invitent.

 

Selon leur teneur, les textes s’organisent : introduits d’une page noire pour les deux textes littéraires, textes sur une colonne, sur deux colonnes pour les critiques, œuvres commentées ou entretiens, contraints de notes , agrémentés de vignettes ou de pages d’illustrations. Le choix des artistes et des œuvres reproduites crée des effets de cohérence, et de surprise, de décalages. La montagne est là, toujours, tour à tour pesante, écrasante, accueillante, céleste, ancrée. Évoquée, mesurée, fantasmée. Subie, idéalisée. Mesurée. Gravie. Recréée. Du dessin faussement naïf (Laura Bottereau & Marine Fiquet) aux photographies d’une installation (au FRAC Centre, en avril 2015) qui donne à découvrir un nom d’artiste et espérer rencontrer son œuvre : Yasuaki Onishi, et le regret de ne pas avoir vu cette montagne inversée, suspendue.

 

Les 16 interventions, on les doit à de jeunes artistes, historiens d’art et curateurs émanant de mastères en Métiers et Arts de l’Exposition. On devine le réseau de l’Ouest de la France, à l’inscription des intervenants, aux lieux qui sont évoqués ou les écoles dont est issue cette génération de chercheurs et d’intervenants en arts.

 

Et malgré cette variété (œuvres commentées, contributeurs, statuts des textes), cette revue se pose comme entière, cohérente, sans relâchement. Quant au titre, le glissement depuis Pharos (son aînée s’intitule Ithaac) atténue l’idée d’indispensable, mais donne l’idée de jalon, de repère dans ces paysages désorientants de l’art contemporain, et l’ancre, pourquoi pas ?, dans un savoir classique, universitaire, sur des eaux toutes modernes. Une belle proposition, des envies d’îles et d’autres territoires…

 

Loin des Alpes : on n’en rêve que mieux.