« Au fil des livraisons

Après la démocratie carbone : Dissent, hiver 2020

Outre-Atlantique, la pensée critique ne se contente pas d’invoquer l’impeachment. Elle s’active. La fameuse Revue Tocqueville s’est transformée et, parallèlement à son édition papier (dont le dernier numéro est consacré au capitalisme [1]) propose désormais une revue numérique du plus grand intérêt pour qui veut suivre l’évolution des idées aux États-Unis et maintenir le dialogue franco-américain.

Régulièrement, Tocqueville21 [2] propose ainsi des revues de presse et des éclairages sur la politique américaine et l’actualité d’un débat politique et intellectuel particulièrement dynamique depuis Occupy Wall Street. Les revues y jouent naturellement un rôle de premier plan à l’image de Jacobin ou de Dissent.

On signalera en particulier la parution du dernier numéro de cette indispensable revue de théorie et d’analyse politiques. Reprenant la fameuse alternative de Rosa Luxembourg, la revue new-yorkaise interroge : « Démocratie ou barbarie ? ». Tocqueville21 résume ainsi les enjeux du numéro : comment remobiliser la pensée démocratique pour reprendre le pouvoir (Bill Fletcher, Jr.), construire une écologie politique démocratique (J. Purdy et Alyssa Battistoni), et en finir avec la « juristocratie » (analysée ici par Samuel Moyn comme une « maladie congénitale américaine ») ? Pour Jedediah Britton-Purdy, la barbarie peut être définie comme un système qui « transforme les gens en ennemis, victimes et oppresseurs », un système qui « enferme les citoyens dans l’obscurité et ne leur donne aucun espoir d’évasion » [3]. Ce développement de la haine menace la démocratie dans ses fondements – c’est d’ailleurs l’idée que développe Dominique Schnapper dans un percutant article de la revue Telos [4]. La démocratie, elle, est fondée sur l’idée de solidarité. Tandis que le « catalogue des horreurs politiques » ne cesse de s’allonger, les nouveaux défis que doit affronter la pensée démocratique sont nombreux. Aussi, pour survivre, la démocratie doit « produire ses propres solidarités », s’élargissant ainsi à une écologie politique démocratique. Dissent publie d’ailleurs dans ce même numéro un article de Naomi Klein sur la gauche et le « green New Deal » [5]. C’est bien là, plus que dans la focalisation sur la personnalité du président actuel des États-Unis, que la revue Dissent voit l’avenir de son combat. Plus de démocratie permettra de lutter contre le changement climatique : tel est le pari [6].

 

François Bordes

 

[1]. « Le capitalisme, la personnalité et la culture », Revue Tocqueville, vol. 40, no 2, novembre 2019. On signalera en particulier l’article de Gregory Claeys, « How Can we Imagine a Post-consumerist Character ? »

[2]. https://tocqueville21.com

[3]. Jedediah Britton-Purdy, “Solidarity and crisis”, Dissent, Winter 2020, https://www.dissentmagazine.org/article/solidarity-and-crisis

[4]. Dominique Schnapper, « La Démocratie peut-elle survivre à la haine ? », Telos, 21 janvier 2020, https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/la-democratie-peut-elle-survivre-a-la-haine.html

[5]. Naomi Klein, « Care and Repair: Left Politics in the Age of Climate Change », Dissent, Winter 2020, https://www.dissentmagazine.org/article/care-and-repair-left-politics-in-the-age-of-climate-change Sous la plume de Colin Kinniburgh, on lira aussi une article interrogeant l’avenir du mouvement Extinction/rébellion. « Can Extinction Rebellion Survive ? » https://www.dissentmagazine.org/article/can-extinction-rebellion-survive

[6]. Alyssa Battistoni & Jedediah Britton-Purdy, “After Carbon Democracy”, https://www.dissentmagazine.org/article/after-carbon-democracy

 


Partager cet article :