« Au fil des livraisons

Cahiers Benjamin Péret n°3

Le colibri révolutionnaire

La troisième livraison des Cahiers Benjamin Péret (septembre 2014) se place sous le signe de l’oiseau fétiche du poète, le colibri. L’auteur des Zozios, Jacques Demarcq, présente le portrait d’un autre volatile, le péret sublimo sublimo qui chante tsiirrr tsihii tsitsidé crak crak pia-piah. Le numéro de ces Cahiers impeccablement orchestrés par Gérard Roche et Jérôme Duwa s’ouvre sur un dossier consacré au cinéma dans l’œuvre du poète surréaliste. Parmi les études, relevons en particulier la savoureuse note de Masao Suzuki sur les noms propres dans les contes du poète. Fidèle à son habitude, les Cahiers publient des inédits et font réémerger une figure peu connue du surréalisme. C’est bien l’une des forces extraordinaires de ce mouvement d’avoir secrété tant de personnages remarquables.

Eugenio Granell (1912-2001) méritait assurément qu’on lui consacrât un dossier. On s’étonne même que cette « figure centrale du surréalisme hispanique » soit si peu connue en France. L’article de Mario Lopo et la publication de la correspondance Péret-Granell vient réparer un peu cette injustice. Peintre et écrivain, ami de Breton et de Péret, Granell fut aussi un militant révolutionnaire de premier plan. Dans une brève contribution, Dietrich Hoss présente son itinéraire militant. Engagé dès 14 ans dans l’opposition de gauche, il entre au POUM en 1935 et collabore aux principaux organes de la Gauche communiste espagnole. Après le début de la Guerre civile, il organise le « train Granell » emportant les volontaires pour défendre Madrid contre les Franquistes. Expert militaire du POUM, il dirige le bulletin des milices du petit parti et échappe de peu à la mort : par chance, il survit à un tabassage, dans une cave, par des agents du NKVD. Il s’exile en 1939 en Amérique latine et à New York et devient, comme Julian Gorkin, un critique implacable du stalinisme. Le dossier est illustré d’une très belle photographie du surréaliste espagnol en compagnie de Victor Serge en 1941 à Saint Domingue. Un texte de Granell et une riche iconographie permettent enfin de se familiariser avec cette figure méconnue du « vaisseau surréaliste ».

 

François Bordes

 

 


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