
On ne s’étonnera pas que les Cahiers Cécile Reims & Fred Deux soient aussi bien illustrés que textuellement riches. Le couple d’artistes avait de fait assez de cordes pour que leurs arcs ressemblent plus à des harpes qu’à des berimbaus. Et c’est une rêverie sans fin que d’entrer dans la revue qui leur est consacrée. Les revues d’amitiés littéraires et artistiques sont généralement dédiées à la divulgation des archives, sources oubliées, témoignages de complices ou de témoins, inédits et autres correspondances, et l’on y a souvent à faire à des maquettes bien tristes et des empagements plein de… caractères. Ici, grâce à l’œuvre graphique des deux créateurs, rien de tel : une maquette aérée, professionnelle, des surprises à chaque page, et le tout imprimé à cinq cent exemplaires.
Par exemple, dans la deuxième livraison, une reproduction de la magnifique « Forteresse de paille » (2005) de Cécile Reims (1927-2020), captive, puis une photographie de 1951 montrant Cécile à Paris, « Juste avant de rencontrer Fred. » Sans compter sur les portfolios qui émerveillent.
À défaut d’une biographie élaborée du couple, voici leur histoire par petites goulées, et des aperçus sur deux œuvres parallèles. Avec l’aide de spécialistes comme Rainer Michael Mason, André Laignel ou Pierre Wat, la postérité de Reims et Deux s’écrit en douceur, avec beaucoup de subtilité, tant du point de vue des collectionneurs d’art, que des confrères et éditeurs, lieux et sources d’inspirations, comme ce mystérieux « maître E.S. » dont l’alphabet aura été « interprété » par la buriniste en un recueil de majestueuses lettrines animalières (Tchou, 1991). On n’imagine plus guère aborder le corpus de la Gana de Fred Deux dit Jean Douassot, Julliard, 1958) et de L’Epure de Cécile Reims (Julliard, 1963) sans posséder la série de ces cahiers qui, espérons-le, va proliférer.
Éric Dussert