« Au fil des livraisons

Derviche tourneur n° 3

 

 Lancée en 2017, Derviche tourneur trouve avec sa troisième livraison son aire et son allure. Après un fascicule fort traditionnel arborant le dessin d’une derviche barbu en pleine tournance sur sa livraison inaugurale, cet irrégulomadaire sans obligations avait produit une double affiche en risographie « sous le signe du cœur et de Walter Benjamin » et a conservé de sa deuxième émission un fort caractère polymorphe qui s’illustre à nouveau parfaitement.

 

Son troisième numéro ne daigne pas plus répondre aux canons de la revue littéraire ou esthétique les plus répandus. Sommaire en simple succession de noms : « Guillaume Bordier ; Fanny Garin ; Anne Duclos ; Jean Gilbert-Capietto ; Julien Boutonnier ; Clément Birouste ». Pagination à l’avenant, et pour cause : la revue, qui se résout en un enchâssement de trois éléments de format A5, est constituée de feuilles pliées différemment, depuis les six pages en accordéon jusqu’au cahier de douze pans inégaux. De quoi additionner de la poésie (« Rêve avéré n° 1 », de Jean Gilbert Capietto) à une curieuse « Introduction à l’ostéonirismologie » de Julien Boutonnier qui nous démontre que les os rêvent, à la suite de Marcel Proust dans La Recherche. « Tout ce qui existe est créé par cet onirisme des os. »

 

La revue qui « s’intéresse à la pensée plutôt qu’aux idées, aime les citations plutôt que les répétitions ». Aussi sert-elle une simple « Filmographie » sans piste explicative de Guillaume Bordier dont les critères nous restent abscons mais tendent une perche pour s’assurer que l’on n’aurait pas à visionner quelques films en retard comme le Window Water Baby Moving de Stan Barkhage (1959) ou le Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethhakul (2004) dont la riche bande sonore a été saluée. Plus loin un « Rêves, cinéma », une prose de Clément Birouste qui établit le rapport de sa vie onirique mettant en scène des images animées, deux extraits de Fanny Garin et une « Défense de pauvreté » d’Anne Duclos qui a pu évoquer ailleurs Derviche tourneur comme un avatar « pauvre » de la revue électronique – le site contient en effet quelques citations supplémentaires.

 

 

Mais, à l’instar de Walter Benjamin évoquant le surréalisme on ne s’y laisse guère prendre : la poésie bourgeoise est pleine de printemps et de comparaison, ce qui n’est pas le cas de Derviche tourneur. Anne Duclos l’a précisé, si la revue qu’elle met en œuvre avec Christophe Dauder tourne, « c’est seulement une manière de rétablir le mouvement. » Soyez prosélyte : faites tourner.

 

Éric Dussert

 

 


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