Esprit, « inattention danger »

 

Tous ceux qu’intéresse la « pédagogie de l’attention » liront avec le plus grand profit l’article de Philippe Meirieu publié par Esprit en janvier dans un stimulant dossier sur l’inattention, ce nouveau mal du siècle.

 

Tandis que prolifèrent les écrans et que la marée montante des MOOCS semble vouloir tout emporter de l’art de transmettre, rien de plus important que de répondre à la question posée par Marc-Olivier Padis : « comment retenir l’attention ? » Le pédagogue apporte des éléments très utiles. En s’appuyant sur Michel Bréal ou Marcel Gauchet, il puise dans les Propos où Alain vantait la « patience d’atelier ». Meirieu résume ainsi sa position : « le maître ne peut pas, mais, surtout, ne doit pas tenter de concurrencer les médias dans la captation psychique de ses élèves : il doit, tout au contraire, les former à l’exercice libre de l’attention et, donc, à la résistance à toute forme de captation »(p. 28). P. Meirieu tomberait-il d’accord avec Liliane Lurçat ? Il exprime en tout cas parfaitement l’essence d’une pratique pédagogique démocratique et émancipatrice. De son côté, Bernard Stiegler propose des voies pour repenser « une philosophie et une politique de l’attention » en développant une « thérapeutique » des technologies numériques. Le dossier, très riche, se clôt par un très bel « Éloge de la disponibilité » signé Gil Delannoi.

 

François Bordes