Esprit no 531

Les nouveaux territoires des drogues

 

Des couleurs grisâtres des quartiers nord-est de Paris, aux lumières stroboscopiques et joyeuses des free parties clandestines ; en poudre ou en cachet, ces substances se sont immiscées dans nos sociétés et dans la vie courante des populations mondiales. En 2023, pas moins de 14,6 % de Français adultes avouent avoir touché à une de ces déclinaisons les plus illicites. Si certains les considèrent encore comme un risque majeur, d’autres en viennent à croire qu’elles seraient moins dangereuses qu’il n’y parait. Entre tensions politiques et enjeux économiques, l’équipe d’Anne-Lorraine Bujon consacre le dossier de ce 531ᵉ numéro d’Esprit à la problématique des « nouveaux territoires des drogues ».

La revue s’ouvre sur un panorama de l’actualité mondiale actuelle. On peut y trouver des articles portant sur la France face au Moyen-Orient, la nouvelle alliance entre la Russie et l’Afghanistan, l’état des lieux de l’évolution démographique française, ou encore la prise de position de certains évêques américains contre Donald Trump.

Vient ensuite le dossier qui donne son titre au numéro. Dans leur introduction, Marie Jauffret-Roustide et Jean-Maxence Granier expliquent comment le problème des trafics de drogues va bien au-delà des images sordides de règlement de compte entre bandes de dealers, ou de négociations inquiétantes dans des caves d’immeubles insalubres. Ils nous emmènent dans une exploration géographique de ces territoires qui doivent compter avec le trafic de drogue, qui apparait comme une pseudo-industrie, une sorte d’empire économique à la mécanique bien huilée.

Ce qui est marquant, c’est le point d’honneur mis par les journalistes d’Esprit à dépeindre, à travers ces articles et entretiens percutants, le tableau authentique et franc de la réalité des trafics de drogues, des risques économiques et sécuritaires qu’ils entrainent, mais également des blessures qu’ils laissent aux populations, aux familles, aux jeunes, aux consommateurs souvent victimes de leurs addictions. La drogue n’apparait plus seulement comme une affaire d’État, mais comme une affaire de quartiers, de villes, où tout un chacun peut être touché. On comprend que la drogue, par son omniprésence dans notre société, témoigne d’une forme de mal-être général.

Politique, cette édition traite le problème des drogues dans son ensemble, expose les rapports sociaux conflictuels qu’entretiennent les institutions et les populations avec les narcotrafics, et donne voix aux acteurs concernés, confrontés à ce problème systémique, et qui travaillent à l’ouverture de nouvelles perspectives de réponse face aux défis du commerce illicite de stupéfiants. Il est important de noter qu’il y a quelque chose de remarquable, quant à cette unité que forment les groupes de personnes engagées, qui essayent d’apporter leur aide dans la lutte, dans leurs demandes de soin, les préventions qui sont mises en place.

La deuxième et dernière partie de l’édition comporte des articles sur des sujets en lien avec l’actualité politique et sociale américaine, ainsi que des chroniques consacrées à l’anthropologie et à la philosophie. Un numéro qui saura plaire aux passionnés de phénomènes sociétaux et de géopolitique.

 

Meryam AMMI

Cordonnées de la revue

[NDLR : J’ajouterai, car on ne l’évoque pas souvent, le beau travail de maquette et d’illustration d’Olivier Marty, répondant aux sujets parfois austères, ingrats à illustrer. Il trouve ici une idée simple et terrible pour représenter l’omniprésence des drogues aux quatre coins de l’Hexagone. YK]