« Au fil des livraisons

L’île de La NRF

Lors de vacances en 1925, Paulhan tombe amoureux de l’île de Port-Cros. Mais comment y revenir de manière régulière et selon un budget raisonnable ? Et voilà que le propriétaire de l’un des forts de l’île, la Vigie, lui propose une location de longue durée : 15 ans. Comment faire ? Qu’à cela ne tienne : créer une société en participation au nom de La NRF. Parmi les premiers actionnaires (Schlumberger, Gaston Gallimard, Odilon Jean-Périer et Supervielle déjà familier de l’île). Voici donc La NRF doté d’un fort dépourvu de tout, qu’il faut aménager et rendre aimable : Jean et Germaine Paulhan s’y attellent pendant l’été 1927 et prévoient une inauguration amicale début 1928 : la galaxie NRF est conviée à partager le charme rustique de la Vigie. Supervielle n’est pas loin qui est un autre aimant littéraire. Les début des années 30 inaugure l’âge d’or de l’île de La NRF : «un espace magique » où tous ceux qui font la littérature de l’époque se donnent rendez-vous. Un phalanstère en plein maquis comme une image rêvée de la littérature. C’est cette histoire délicieuse et peu connue que nous compte Claire Paulhan dans le dernier numéro de Phoenix (n°14, 2014).  Pour prolonger le plaisir de cette évocation, on lira le texte de l’un des fidèles du lieu et ami cher de Paulhan, Marcel Arland : « Ce que fut la Vigie. »

Ce numéro de Phoenix déploie, comme à l’accoutumée,  un très riche sommaire : un dossier consacré à Jacques Darras (dont un dialogue avec Nimrod et une évocation de la revue qu’il a fondée en 1977, In’hui devenue Inuits dans la jungle) et bien d’autres voix à partager, celle, par exemple, de Laurent Enet en hommage à Cendrars : « Bleuté, le cachalot des longitudes t’emporte sur un coup de dés.»

André Chabin


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