« Au fil des livraisons

Migrations société, n° 156

La revue du Centre d’information et d’études sur les migrations internationales (CIEMI) n’échappe pas à la commémoration de 1914. Deux historiens de l’Unité de recherche Migrations et société (URMIS) de l’Université de Nice Sophia-Antipolis et de Paris VII-Diderot, Yvan Gastaut et Stéphane Kronenberger, coordonnent dans le dernier numéro, n° 156, novembre-décembre 2014, un dossier sur la Première Guerre mondiale et les migrations.

Il s’agit d’aborder « quelques aspects de l’apport des “immigrés”, “étrangers” et “coloniaux” à la société française, que ce soit au front ou à l’arrière ». Sept articles interrogent donc ce sujet en se concentrant sur des aspects précis comme les travailleurs étrangers en Franche-Comté, l’expulsion des Italiens de Lorraine en 1914, ou encore l’internement de civils étrangers en Corse. Des articles plus généraux étudient par exemple l’impact du conflit sur la notion juridique contemporaine de réfugié. Pascal Blanchard, Yvan Gastaut et Naïma Yahi présentent le sort des soldats et des travailleurs coloniaux maghrébins dans un article riche et documenté.

Partant de l’arrivée en métropole de dizaines de milliers d’hommes envoyés d’Afrique du Nord pour participer à l’effort de guerre, l’article décrit l’évolution du sort de ces combattants et travailleurs. La concurrence des propagandes mérite l’attention car on voit comment réagissent les autorités françaises pour contrer l’appel au jihad lancé par les Ottomans alliés de l’Allemagne. Que font-elles ? elles créent deux revues : Al Mustakbal (L’Avenir) et Panorama… L’image positive des soldats coloniaux, leur rôle important sur le front, le lourd bilan qu’ils paient n’effacent cependant pas leur aliénation au système colonial. A fonction et grade équivalents, un tirailleur perçoit la moitié de la solde d’un métropolitain. La fin du conflit voit d’ailleurs grandir l’hostilité à leur égard. La xénophobie reléguée au second plan par la mobilisation de la « Patrie en danger » revient au devant de la scène à l’issue du conflit. C’est une grande qualité de cette contribution de décrire le rôle-clef de la Première Guerre mondiale dans l’histoire de l’immigration maghrébine en France.

 

François Bordes


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