« Au fil des livraisons

Story Teller n° 1

Sous ce titre à désespérer l’Académie, se cache une revue d’époque. Créée par deux journalistes de moins de trente ans, Esther Degbe et Fanny Bleichner, elle se présente sous une couverture austère, illustrée d’un dessin très actuel : pas fait pour séduire, grosse tête sur corps filiforme, faussement enfantin qui profère comme un slogan dans un phylactère : « J’approuve en tout point ton discours ».
Le storytelling est une technique de communication qui s’applique plutôt dans le champ politique. La politique n’est pas absente de la revue. Elle transparaît dans les témoignages, les situations vécues par nombre des personnages, réels ou non, rencontrés au fil des pages, comme critique de l’époque et de la place laissée à cette génération. Les contenus ici mêlent les formes : entretiens, témoignages, fictions. Mais ce n’est pas cette dernière qui domine.
La revue annonce une thématique sur la tranche, en page d’accueil avant l’éditorial : « Dur d’être mou ». Ceci devrait apparaître de façon plus explicite : en passant à côté, l’on pourrait croire que cette revue en fait son objet, tant les contributions présentent une manière de génération. L’edito explique très bien, d’ailleurs, les circonstances : il s’agit moins d’urgence que d’envie, envie de se réunir pour contrer l’incertain, La Crise et faire ensemble, envie de lâcher les écrans et de faire de l’imprimé, « Parce que le temps du web est trop court et que le papier c’est beau. »
De fait, la revue est bien faite, juste dans ses choix, le noir et blanc, les illustrations contemporaines et les photographies.
L’écrit est à l’honneur : deux entretiens présentent Léa Frédéval, auteur de la chronique* Les Affamés, et Leïla Slimani, auteur d’un premier roman, Dans le jardin de l’ogre ; une rubrique Lire, relire, découvrir présente six livres, depuis JMG Le Clézio, Le Procès-verbal de 1963 à Nina Bouraoui, Standard, de 2014, en passant par Belle du Seigneur, Quelque chose noir
Finalement, l’impression qui se dégage est le portrait, peut être pas d’une génération, mais d’un groupe : projet né « dans un bar de Ménilmontant », les contributions nous présentent des écrivains, rappeurs, jeunes gens modernes dans les affres qui du métro, qui du boulot, qui du porno, qui de la banlieue…

Maintenant que les présentations sont faites, allez, dépassez les bornes et étonnez-nous !**

* « Mais une Parisienne de 23 ans qui publie chez Bayard peut-elle vraiment représenter 28 % de la population ? » (p. 12)
** C’est peut être chose faite : le deuxième opus est paru ce printemps, sur le thème « Fais pas ton bonhomme ». Nous ne l’avons pas encore lu, mais ce thème étonne peu lorsque l’on s’avise que l’équipe est majoritairement féminine.

Contact : fanzteller@gmail.com
Esther Degbe, rédactrice en chef
Fanny Bleichner, rédactrice en chef adjointe
1er numéro hiver 2014-2015, 9,90 €, 192 p., 15,5 x 20 cm

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