Tout pour le court

 

Voici Volutes, une nouvelle revue née à Nantes, joliment maquettée grâce aux bons soins d’une graphiste basée, elle, à Bordeaux, qui en signe l’agréable identité visuelle tout en couleurs. « Un terrain de jeu comme lieu de lecture et de découverte » : ainsi nous présente-t-on, en toute simplicité, la raison d’être de cette publication ayant une prédilection pour le format court, et dont la direction est assurée par Loïc Le Gac avec le concours d’une demi-douzaine de rédacteurs et parrains bienveillants. On nous promet deux éditions par an et on espère bien que promesse sera tenue car cette parution en a, de la tenue. Pour un coup d’essai, ce premier numéro nous semble réussi et emballe d’abord par son accessibilité. Il faut souligner cette orientation grand public qui se conjugue avec une exigence certaine quant à la qualité des contributions (une petite trentaine au total).

 

La plupart du temps, les textes naissent d’un déclencheur soufflé par la rédaction, ce qui n’en fait pas pour autant, hâtons-nous de le préciser, des textes à contraintes, genre Oulipo et compagnie, pas du tout. Par exemple, une dizaine d’écrivains et plasticiens s’emparent du mot même de volutes pour en faire quelque chose ; écrits (prose poétique, quasi haïku, ébauche de récits…), photos, illustrations ou collages. Plus loin, trois nouvelles, dont au moins une (mais laquelle ? réponse au prochain numéro…) générée paraît-il par IA, brodent plutôt intelligemment autour du thème de la « piscine intérieure ». Ailleurs, c’est le nom évocateur d’un vin blanc – en l’occurrence Accostage, un muscadet Sèvre & Maine – qui guide l’inspiration de deux auteurs. Une autre section de la revue tisse une continuité entre un texte et une chanson (en l’espèce, Dans les prisons de Nantes, vieille ritournelle racontant l’histoire d’une fille de geôlier qui aide un prisonnier à s’enfuir…).

 

Double page du n° 1 de Volutes

 

Au milieu de tout cela, on trouve aussi deux interviews assez fouillées, seules exceptions à la règle du format court qui prévaut ici. La première invite le quadra Sylvain Prudhomme, un des écrivains les plus attachants de sa génération, à parler cuisine littéraire, et plus exactement rythme. L’auteur entre autres de Par les routes ou Les Grands fait ainsi entendre son point de vue sur la langue à l’œuvre, né de son propre travail tout autant que de la lecture fine des œuvres de Chateaubriand, Proust, Simon ou encore Duras ; pêle-mêle il évoque la portée de la ponctuation, la vitesse de la phrase, les temps du verbe, l’apport des répétitions, la disposition des paragraphes, bref, tout ce qui fait que la page pulse, émet, envoie des vibrations, qu’il y a style, sens, émotion, que les mots font littérature. Ce même Prudhomme donne par ailleurs à Volutes, notons-le encore, une nouvelle inédite intitulée Masaï One Love, en référence au nom inscrit au-dessus de l’entrée d’une maison-cabane (« merveille d’astuce, de débrouille ») en lisière d’une forêt, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes si l’on en croit le cliché argentique pris par Philippe Graton, et dont le texte s’inspire.

 

La revue s’est aussi entretenue avec le compositeur et interprète (mais également dessinateur, ce que l’on sait moins) Albin de la Simone qui donne sa vision de la chanson comme art de « faire du concentré », comme échos d’une histoire que l’auditeur fera sienne en l’investissant de sa propre expérience. Cet échange aussi, comme celui avec Prudhomme, est vivant et intéressant, et cela ne nous aurait pas déplu de voir se prolonger la causerie. En revanche la rubrique consacrée aux conseils de lectures des libraires mériterait d’être densifiée ; en l’état, elle manque peut-être un peu de fond… Il y a bien d’autres choses réjouissantes – une déambulation mémorielle autour de la notion de terrain vague, un dialogue improvisé au pied d’un séquoia…– dans cette livraison inaugurale de Volutes qui mérite clairement le coup d’œil. Revue à suivre !

 

Anthony Dufraisse