« Au fil des livraisons

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Cahiers Charles Fourier, numéro 27-2016 :

« Dans l’orbe du surréalisme. Charles Fourier redécouvert »

1. Avec Simone Debout-Oleszkiewicz

Stendhal ne s’est pas trompé en qualifiant Charles Fourier (1772-1838) de « rêveur sublime » ; ne signifiait-il pas de cette façon que ces vastes constructions minutieuses et prévoyantes étaient le fruit d’une imagination faisant éclater le cadre trop étroit habituellement réservé aux rêves pour aborder directement aux rives de la réalité ?

Et Breton de confirmer : l’imaginaire est ce qui tend à devenir réel. Acceptons-en l’augure et plutôt deux fois qu’une s’agissant de Fourier contempteur des lois hostiles aux échanges comme celles du mariage et promoteur des passions sans exclusive aucune, dans leur diversité et exubérance.

Ce numéro 27 des Cahiers Charles Fourier – sous la direction de Florent Perrier (déjà co-directeur de deux précédentes livraisons et auteur de Topeaugraphie de l’utopie chez Payot en 2015) et de Gérard Roche (spécialiste de l’histoire politique des intellectuels, du surréalisme et directeur de publication des Cahiers Benjamin Péret) – rappelle et approfondit deux faits essentiels quant à la résurgence de la lecture de Fourier en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Rien n’aurait pu avoir lieu sans, d’une part, l’intercession majeure de Breton qui publie son Ode à Charles Fourier en 1947 et, d’autre part, le travail de réédition et d’analyse entrepris à partir de la fin des années 50 par Simone Debout-Oleszkiewicz.

Intitulé « Dans l’orbe du surréalisme. Charles Fourier redécouvert », cette livraison fera indéniablement date et elle ne constitue que le premier volet d’une prospection historique beaucoup plus détaillée que les études d’ensemble déjà disponibles sur les rapports de Fourier et du surréalisme.

Ainsi, la figure de Simone Debout-Oleszkiewicz s’impose d’emblée comme celle d’une pionnière dans le renouveau des études fouriéristes. Si son travail s’est effectué sous la houlette de la Sorbonne et, plus particulièrement, du philosophe Henri Gouhier, il a été continûment accompagné et chaleureusement encouragé à ses débuts par André Breton. On peut lire, pour la première fois ici, la passionnante correspondance échangée entre Simone Debout et André Breton entre 1958 et 1966, date de la mort du chef de file du mouvement surréaliste.

Avec l’autorité incitative et exaltante qu’on lui connaît, André Breton va détecter chez la jeune philosophe résistante toutes les qualités requises pour comprendre et faire redécouvrir l’œuvre du réformateur : « Vous allez parler de Fourier, vous seule allez parler de Fourier ».

Entre 1947 et la fin du mouvement surréaliste historique à Paris en 1969, la pensée de Fourier n’aura de cesse d’en redessiner les contours théoriques au préalable largement modelés par l’approche hegeliano-marxiste. La dernière revue du groupe prendra le nom de L’Archibras quelques mois avant la mort de Breton et l’exposition internationale du surréalisme de 1965 à Paris revendiquera la méthode de « l’écart absolu », en référence directe à l’auteur de La Théorie des quatre mouvements.

En plus de donner à lire la correspondance inédite entre ces deux maillons essentiels de la redécouverte de Fourier en France, ce numéro rend accessible les premiers textes que Simone Debout a publié dans les publications surréalistes à l’invitation d’André Breton : à savoir, dans les revues Bief et Le Surréalisme, même, ou dans le catalogue de la XIe exposition internationale du mouvement, en décembre 1965 à la galerie L’Œil.

Ce sont aussi d’autres textes de surréalistes que nous offre cette livraison comme ceux de Philippe Audoin et d’Annie Le Brun ou encore de proches comme Raymond Queneau, Octavio Paz ou Michel Butor, tous lecteurs attentifs de l’œuvre fouriériste et notamment de cet inédit censuré par les premiers héritiers de l’utopiste : la « synthèse finale » du Nouveau monde amoureux, un ouvrage capital d’exaltation du désir, exhumé par Simone Debout et publié en 1967 aux éditions Anthropos.

Avons-nous bien entendu l’ultime Fourier ? N’est-il pas toujours d’actualité de le redécouvrir et même, comme y invitaient Michel Butor et son ami peintre Jacques Herold en conclusion d’un poème-affiche de 1968, de voter Fourier ?

Et pourquoi donc, disent les aigris et autres forcenés du ressentiment ? Peut-être parce que, selon sa commentatrice élective Simone Debout, « La libre et vraie sexualité est signe d’Harmonie individuelle et sociale ».

Jérôme Duwa


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