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De l’utilité des revues : réponse à Jean-Jacques Nuel par Jacques Morin

A la une de Magnum sur le site de la revue Décharge, Jacques Morin, son animateur depuis sa création en 1981, répond à Jean-Jacques Nuel qui déplorait, ici il y a quelques jours, le peu de poids qu’occupaient les revues dans l’accomplissement du travail d’un auteur…

Jean-Jacques Nuel, se plaignant à juste titre qu’une revue à laquelle il avait participé ne lui ait pas envoyé de n° justificatif, dresse un bilan de son expérience de participation aux revues dans sa carrière d’écrivain. Et celui-ci s’avère assez négatif. [1]

Je lui réponds en tant que revuiste. Un auteur n’a évidemment pas la même satisfaction entre une collaboration épisodique au sein d’un n° et l’édition d’un recueil avec son nom sur la couverture et tout ce que cela induit. Deux choses à en conclure : ce n’est pas la même chose que, d’un côté, participer à une revue, – on est dans la complicité, le voisinage, la solidarité, la fraternité, même si les mots peuvent paraître pompeux, et, de l’autre, éditer un livre, où se jouent davantage d’égoïsme et de vanité, même si les mots peuvent paraître également exagérés. C’est le contraste évident entre l’ombre et le soleil.

Donc, la revue apporte beaucoup moins, clairement. Mais publier dans telle ou telle revue peut devenir aussi un titre de gloire, de même que fréquenter d’autres auteurs pour lesquels on professe de l’admiration. Enfin la revue peut faire connaître un nom, le révéler même. Je sais que la rubrique : le Choix de Décharge, où peuvent être publiés pour la première fois des auteurs, est celle lue en premier lieu par un certain nombre de lecteurs.
En outre, la publication en revue est considérée par d’autres comme un galop d’essai, quitte à modifier le texte dans le recueil définitif ultérieur.

En bref, je crois que vouloir discréditer la revue n’est pas constructif ni juste. Elle a d’autres fins que de publier des auteurs, je ne parle pas des revues-catalogues qui ne font que cela. Mais lire une revue, c’est se tenir informé sur ce qui se passe, voix qui émergent, débats ambiants, actualité des publications…
N’envisager la revue que pour son intérêt personnel est réducteur et incohérent, puisqu’elle-même effectue un travail collectif qui constitue sa raison d’être. [2]


[1Il a écrit une tribune sur son blog, http://nuel.hautetfort.com/
laquelle a connu pas mal de réactions sur Facebook et a été reprise, légèrement modifiée, sur le site Ent’revues par André Chabin http://www.entrevues.org/libres-propos/12614-2/.

[2Jean-Jacques Nuel, qui a lui-même animé la revue Casse (21 n° de 1993 à 1996), nuance sa conclusion entre les deux moutures de son texte, en confessant son amertume et en troquant l’expression sentiment d’inutilité par expérience enrichissante.


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