50° nord

par Jérôme Duwa
2011, in La Revue des revues no 46

Qu’il est loin le temps où les romantiques composaient des almanachs des muses pour recueillir les créations poétiques de leur époque !
Quoiqu’on ait négligé de donner un nom à la muse de l’art contemporain, elle n’en dispose pas moins désormais d’un almanach pour toutes ses manifestations dans la région Nord. Cette revue, dont le comité de rédaction sera en révolution pour chaque livraison à venir, a été créée pour mettre en valeur initiatives et artistes présentés dans le réseau des institutions petites ou importantes se consacrant à l’art contemporain dans le Nord – Pas-de-Calais, dans quelques villes de Belgique ou encore à Brighton au Royaume-Uni. Ceci explique que cette publication soit entièrement bilingue, en français et en anglais.
Le Nord n’est pas un territoire spontanément réputé pour sa richesse en matière d’audace artistique et, pourtant, il est doté de fort belles collections modernes et contemporaines. Il suffit de songer au LaM de Villeneuve d’Ascq, récemment rénové, au musée de la photographie de Charleroi ou encore à celui du Cateau-Cambrésis consacré à Matisse. Comment ne pas se réjouir que pour valoriser ce patrimoine en croissance, dans lequel les écoles d’art tiennent une place de choix, ce réseau artistique ait eu le juste réflexe de créer une revue de fort belle facture, richement illustrée et diffusée à un prix modéré ?
Les contributions – des articles plutôt brefs ou des entretiens – prennent tous comme point de départ une exposition qui s’est déroulée sur ce territoire qui entend échapper aux frontières nationales pour s’élargir à ce qu’il est convenu d’appeler l’eurorégion Nord. Transfrontalier par nature, ce premier numéro de 50° nord s’interroge sur la frontière, comme pour souligner ce que la revue désire abolir. Contrairement à un magazine, dont elle partage le format, des partis pris de mise en page et le mode de traitement de l’information, 50° nord ne rend compte que de manifestations appartenant à un proche passé, mais que le lecteur ne pourra plus voir. Du coup, elle adopte par surcroît le statut de petit catalogue pour témoigner d’un événement particulièrement digne d’être gardé en mémoire, comme par exemple la Biennale jeune création qui, pour sa cinquième édition, s’intitulait « Watch this space » (octobre 2009 – janvier 2010).
La force de cette revue réside certainement dans la pluralité des lectures qu’elle permet. Elle s’adresse à l’usager des institutions privées ou publiques de l’eurorégion Nord, aux spécialistes de créations contemporaines ou aux simples amateurs. Pour ces derniers, la lecture de ce numéro permet surtout de constater la vitalité des lieux d’art, des galeries, des collectionneurs et donc de redessiner quelque peu sa propre carte de l’art contemporain en partant du Nord, plutôt que de Paris ou Bruxelles. Grâce au format de 50° nord et au très beau portfolio qui occupe presque 60 pages de la revue, on peut apprécier dans de bonnes conditions des séries photographiques comme celles de Maxime Brygo, des personnages peints in situ par Pauline Cornu ou encore les installations de François Martig. Le territoire qui a vu naître et mourir le peintre Eugène Leroy (1910-2000) n’a apparemment pas trop d’inquiétude à se faire pour son avenir artistique.


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