Borborygmes

par Éric Dussert
2006, in La Revue des revues no 38

Borborygmes
No 1, 1er trimestre 2006
Périodicité : trimestrielle
Directeur : Julien Derôme
Comité de rédaction : Anne-Sophe Derôme, Gwendoline Descamps, Michela Orio, Bertrand Ravalard
Adresse : Association Quelques mots,
104 bis, rue Pelleport, F-75020 Paris
Prix : 3 €
Abonnement (4 numéros) : 15 €

Dans le créneau de la revue-brimborion où s’illustre Marie Morel avec Regard depuis longtemps (F-01260 Le Petit Abergemont), où se sont illustrés dans un registre pugnace les ancêtres Alphonse Karr ou Henri Rochefort, bref, dans ce créneau de l’impriché-broché que l’on enfourne aisément dans la poche comme un viatique destiné à écraser tout ennui subreptice, Borborygmes est la nouvelle venue.
Empreinte de maladresse, ou d’une ingénuité dont son sous-titre galvaudé dit l’essentiel (« le reste n’est que littérature »), elle propose « 15 textes (des poèmes, des nouvelles et des chapitres de romans), 14 reproductions (gravures, peintures, dessins et photos), et une grille de mots croisés » et en appelle aux bonnes volontés.
Si le borborygme est bien ce son antérieur au langage émis par la gorge humaine, on dira qu’il y a beaucoup d’humilité dans le choix de ce titre. En effet, rien au sommaire de cette jeune publication ne paraît indigent, et les bonnes surprises sont plus nombreuses qu’on pouvait l’imaginer : les vigoureux dessins de Nicola Kapetanovic, le road-movie SF – sans doute aussi SM – d’Orlan Roy et la « Dépêche » géopolitico-biblique de Cécile Brisson satisfont l’œil et l’esprit.
Reste encore le poème de Jean-Claude Pirotte dont on aimerait divulguer l’incipit (« Putain d’putain d’crétin vernaculaire ») et le quatrain final (« J’entends son chien gémir dans la nuit belge,/ temps de lancer un ultime coup ta verge/ entre les nichons flétris d’ton passé/ foutre et rideau – tu peux t’casser ») pour sa verte rage et cet inattendu rappel du poète Ilarie Voronca qui écrivait, lui, « Mais nous ne devons rien à personne,/ Nous pouvons partir. » Et pour Borborygmes, ça a l’air bien parti, en effet.


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