Brumes blondes

par Richard Walter
2006, in La Revue des revues n° 38

Brumes blondes
No 1 (3e série), décembre 2005
Directeurs : Her de Vries, Laurens Vancrevel
Adresse : Grevelingen 19, NL 1826, AM Alkmaar, Pays-Bas
E-mail : krevelen@xs4all.nl
Prix : 4 €
Abonnement (4 numéros) : 10 €

Alors que l’antitabagisme est de mode, la revue Brumes blondes renaît de ses cendres pour une troisième série mais c’est réellement une nouvelle revue qui nous arrive. La deuxième série s’est effectivement arrêtée en 1976. Maintenant, elle est de nouveau là, toujours éditée à Amsterdam et toujours sous l’égide du surréalisme. Quoi de neuf alors ? Cette persistance remarquable…
Cette revue est réellement internationale, d’Amsterdam mais sans texte en néerlandais ! Voilà un plurilinguisme incarné ou mieux un rejet radical de tout nationalisme linguistique. Les textes sont en effet le plus souvent en français, quelques fois en anglais ou en espagnol, langues de communication du surréalisme et plus généralement d’une certaine idée de la culture. On pense aussi à la vieille tradition d’Amsterdam comme terre d’accueil éditorial, depuis l’impression à Amsterdam du Discours de la méthode d’un certain Descartes et autres ouvrages interdits sous des cieux plus royaux ou plus catholiques. Mais on est ici loin de Descartes.
Une autre tradition est appelée ici : celle des revues surréalistes, mélangeant textes théoriques, réflexions, poésie et illustrations, le tout dans une mise en forme impeccable. C’est une revue de poche, de petit format (11,5 x 17 cm) et au papier fin. Discrète donc – attention à ne pas la perdre.
Les rédacteurs ne s’embarrassent pas de proclamation de foi ni de déclaration tonitruante. Sauf un rapide rappel de Her de Vrie, cofondateur de la revue avec Laurens Vancrevel : « Sous le titre “Du pays des brumes blondes”, la revue Bief, “Jonction surréaliste”, présenta une partie de la déclaration du groupe surréaliste en Hollande que j’avais eu l’audace d’envoyer à André Breton. C’est ainsi que fut né le nom de la revue que nous avons publiée en deux séries, de 1964 jusqu’au printemps 1976. Entre Brumes blondes telle qu’elle s’est présentée dans un passé déjà lointain et Brumes blondes telle qu’elle s’inaugure aujourd’hui, il y a certes communauté d’idées et de convictions. N’en dissertons pas longuement, commençons tout simplement. Ni trompettes, ni affiches lumineuses. Allez la musique, et tout le reste est littérature ! ».
La langue n’est visiblement pas un obstacle. La revue préfère laisser libre place à des états de réflexions, des bouts de prose, des éclairs de poésie. Une amitié exigeante entre les participants se fait sentir. Là aussi, la tradition de la confrérie surréaliste est encore rappelée.
Comme quoi, même si le « surréaliste historique » n’existe plus officiellement, nonobstant quelques chapelles, il continue à vivre éternellement et à disséminer. Ici et, dans ce cas-ci, là-bas. Son avenir continue donc d’être ouvert.

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