Cinémathèque

par Françoise Dufournet
1992, in La Revue des revues n° 12-13

Émanation directe de la Cinémathèque française, la revue Cinémathèque se place d’emblée sur le terrain des professionnels du cinéma, ou des cinéphiles avertis. Qu’on se rassure : il ne s’agit pas ici d’une glose théorique jonglant avec les concepts les plus abstraits de la critique de haut vol, telle qu’on a pu la connaître dans les années 70-80, mais d’une approche historique, esthétique aussi, riche de notations érudites : études « pointues », mais parfaitement lisibles dès lors qu’on accepte de considérer le cinéma non comme un seul plaisir de consommation, mais comme un art à part entière qui a déjà droit à son histoire, et au respect de ses archives.
« Cinémathèque veut rendre au cinéma sa richesse et la polyphonie de sa mémoire en publiant des recherches sur les pans masqués, sur les fonds non-explorés, sur les cinématographies sous-estimées, mais aussi en présentant, chaque fois que cela est possible, des oeuvres apparemment inconnues ou à percevoir sous un angle nouveau. »
Éloquent, le sommaire très copieux (mais non indigeste) de ce premier numéro répond à ces ambitions. Trois approches complémentaires: d’abord une plongée dans l’histoire du cinéma qui fait remonter à la surface des moments oubliés (Eric Kuyper, « Le cinéma de la première époque : le muet des années 10 ») ; des oeuvres rares (Marc Vernet, « Le rendez-vous des quais de Paul Carpita » ; ou Charles Tesson : « La règle et l’esprit : la production de Toni de Jean Renoir »), ou encore un cinéaste « passé à la trappe » (Laurent Billia, « Le murmure des fonds d’auteur : la donation de Jean-Paul Le Chanois »). Autant d’articles remarquablement documentés et solidement argumentés.
Puis la partie « Collections » présente des fonds de cinéastes du monde entier. En contact avec les cinémathèques et les archives de toute l’Europe, la revue veut, en effet, susciter des recherches, des échanges, des collaborations, dans le désir de mettre au jour des domaines inexplorés jusqu’ici. Trois exemples : Dominique Brun, « Cinémathèque française: les documents de travail d’Erich Von Stroheim », Catherine Ficat, « Cinémathèque française : la collection de plaques de verre de Lazare Meetson », Sylvie Pliskin, « Université du Texas à Austin : les archives de David O. Selznick ».
Enfin, une partie importante consacrée aux comptes rendus prolonge et complète l’ambition d’une recherche documentaire la plus vaste possible, en proposant des analyses de travaux anglais, américains, italiens, tous évoquant cette mémoire à sauver (ainsi « Les trois premiers volumes de l’histoire du cinéma américain chez Scribners », « Hollywood 1927-1941 : la propagande par les rêves ou le triomphe du modèle américain », « Cent’anni di cinema italiano, de Gian Piero Brunetta »…).
Illustrée de photogrammes réalisés directement à partir de copies originales, la revue entend jouer sur « la beauté et l’exactitude des illustrations » ; ouverte à toutes les recherches et refusant le recours systématique aux numéros à thème, elle a également l’ambition d’être une vraie revue.

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