Contre Vox

par Hélène Favard
1995, in La Revue des revues n° 19

Nouvelle revue de littératures, avec un pluriel qui souligne le désir de mener les lecteurs vers des paysages textuels multiples ainsi que la volonté de faire se confronter tous les acteurs de l’écrit, Contre Vox entend se situer moins dans l’antagonisme (que le « contre » pourrait suggérer) que dans la proximité (« tout contre ») avec les textes publiés.
Hors des arcanes de l’institution littéraire, représentée par ces « instances de consécration » que sont les grands éditeurs, la critique et l’ensemble de la sphère médiatique et culturelle, Contre Vox entend prouver qu’il existe, en France, une littérature sans commune mesure avec les textes insipides et fades qui envahissent les tables des libraires et dont rend compte à l’envi une certaine critique.
Dans le dossier thématique central de Contre Vox, l’ensemble des articles s’attache à montrer que la littérature – « la vraie » – existe, c’est celle qui cherche à expliquer le monde sans se laisser fasciner par ses propres signifiants (Franck Évrard : « La Littérature et les faux-monnayeurs »), celle qui met le lecteur en danger par les bouleversements qu’elle opère sur sa vision du monde (Simone Balazard : « Écrivain regardant le nombril du monde… »), mais il faut la débusquer, partir à sa recherche, la mériter peut-être aussi ?, en sortant des sentiers battus. Des textes de réflexion et des entretiens avec des critiques littéraires sont réunis dans ce dossier qui s’intitule « Les descendus du piédestal » avec pour soustitre : « La littérature française n’est-elle pas devenue un salon des surestimés ? » Le ton est donné d’emblée. Jérôme Garcin et Jean-Philippe Domecq tentent de redorer le blason du métier de critique, l’un en défendant les notions d’intégrité, de déontologie et de subjectivité, l’autre en dénonçant la logique de clan qui règne trop souvent dans le milieu littéraire et en soulignant l’importance non reconnue du rôle des revues. La critique théâtrale n’est pas épargnée puisque Jean-Pierre Han et Pierre Corcos lui reprochent son manque d’engagement. Avec une tendance parfois trop marquée à désigner des victimes qui ont pour nom Marguerite Duras, Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint ou Philippe Sollers, l’ensemble des textes ou entretiens s’accordent pour dénoncer la force du consensus et de l’ordre établi qui règnent dans le milieu littéraire français. Ce dossier accusateur s’achève sur un délicieux florilège d’extraits de critiques assassines allant d’Edmond de Goncourt à Pierre Desproges…
Il reste maintenant à faire découvrir au lecteur de Contre Vox cette « littérature non consensuelle » dans les pages « Création » et « Magazine » qui occupent les deux tiers de ce numéro 1. La partie « Magazine » propose ainsi une enquête auprès d’écrivains à qui l’on demande si la littérature les a préservés de quelque chose. Suit un ensemble de chroniques qui nous parlent des textes du « rapper » Mc Solaar, imaginent un dialogue avec Jorge Luis Borges ou posent la question, sur un ton fort humoristique, du bien fondé de l’existence de femmes écrivains. La rubrique « Retours d’expériences » présente des entretiens avec deux figures marginales du monde des lettres : Christian Pirot, éditeur à Tours et Thierry Guichard, directeur de la revue Le Matricule des Anges.

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