Des éphémères en devenir : les petites revues fin-de-siècle

par Julien Schuh
2016, in La Revue des revues n° 56

Les revues d’avant-garde fin-de-siècle forment les vitrines d’autant de réseaux d’artistes et d’écrivains, qui inventent en leur sein de nouvelles formes de production et de diffusion de leurs œuvres en s’opposant au système marchand de la librairie industrielle. Leur matérialité garde les traces de la multiplicité des enjeux esthétiques, symboliques, sociaux, commerciaux dont elles sont les vecteurs ; traces qui en font des objets polymorphes, hétéroclites, fragmentés et mobiles. Leurs couvertures, souvent oubliées lors de leur transformation en recueils, s’ouvrent à la réclame, aux correspondances, aux annonces ; des pages de publicité, de souscription, s’insèrent, sur des papiers et dans des formats différents du reste de la revue, entre des poèmes symbolistes et des estampes précieuses, elles-mêmes souvent conçues comme des parties détachables qui sont par conséquent souvent absentes des collections. La petite revue est un objet en tension, ses parties ayant plusieurs destins : tout ce qui relève de l’actualité, du médiatique, du commercial prend un caractère éphémère, qui s’oppose au devenir-livre du contenu artistique et littéraire.

 

Constantly Evolving Ephemerals: the End-of-Century Small Reviews

The end-of-century avant-garde reviews constituted the show cases of as many networks of artists and writers who invented within them new ways of producing and circulating their works in opposition to the merchant system of industrial bookshops. Their materiality retain traces of the multiplicity of aesthetic, symbolic, social and commercial issues of which they were vectors; traces that made them polymorph, heteroclite, fragmented and mobile objects. Their front pages, often discarded as they were transformed into anthologies or collections, were opened to advertising, correspondence, small ads; advertisement or subscription pages were inserted in paper quality and formats diverging from the rest of the review between symbolist poems and precious etchings, themselves often designed as detachable parts that are therefore often missing from the collections. The little review is an object under stress, its different parts having different destinies: all that pertains of current affairs, the mediatic or the commercial has an ephemeral character that is opposed to the transformation into books of the artistic and literary contents.

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