Kritiks

La revue de l’art et des sciences humaines

par Gérard-Georges Lemaire
2015, in La Revue des revues n° 54

Voilà quelque chose qui manque en France : une revue consacrée aux arts. Il y a beaucoup de magazines sur ce sujet, mais assez peu de périodiques permettant un approfondissement du sujet. Voilà un point très positif. Comme il s’agit d’un premier numéro, la couverture nous dit déjà pas mal de choses sur ses intentions et sa conception. La maquette n’est pas très belle, le graphisme est malheureux et l’œuvre choisie n’est pas excellente pour attirer l’œil. Quand au thème mis en avant, il est intéressant dans la situation actuelle. Mais il est peut-être trop vaste. La lecture des différents articles ne tarde pas à le démontrer, car les auteurs partent dans toutes sortes de directions, mais ne parviennent pas à constituer un ensemble cohérent, et surtout assez parlant pour cerner cette question. Un vieux dicton dit : « Qui trop embrasse, mal étreint ». Je note d’abord la différence de niveaux entre les articles. Certains sont bien faits, d’autres sont assez peu invitants. Par exemple, « La Place de l’art dans la ville et le patrimoine » de Pauline Lisowski me semble plus le sujet d’une thèse que d’un papier ! C’est trop flou et ne donne pas une synthèse forte de la situation. Tout cela est descriptif et ne concerne que la relation de l’art contemporain avec l’architecture et les jardins. Pas une note critique sur tout ce qu’on a pu voir ces dernières années, en particulier au château de Versailles – toutes ces expositions contemporaines, installées dans un lieu historique, mériteraient d’être examinées en détail, d’autant plus que ce genre d’événement est devenu un impératif catégorique en France. C’est assez scolaire et nous donne peu d‘éléments pour un examen réel. Pourtant, il y aurait mille choses à dire et à redire. Le seul article qui me semble à la hauteur est celui écrit par Denise Vernerey-Laplace. Elle fait un bref historique de l’évolution des galeries en France, en commençant bien sûr par Gersaint au milieu du XVIIIe siècle avec sa fameuse enseigne peinte par Watteau. Mais tout cela est trop succinct car depuis cette époque, la conception de la galerie d’art n’a pas cessé de changer. C’est irréprochable, mais aurait nécessité un plus grand développement. L‘éditorial de la directrice, Sonia Bressler, nous indique bien quelques questionnements, mais ne promet pas une réflexion très poussée. Son choix a été de ne pas donner la parole à des personnalités connues qui ont traité de cette mutation de l’art (je songe, entre autres, à Jean Clair). Soit, c’est un choix et il n’y a pas à le remettre en cause. Mais le résultat est qu’on a affaire à d’illustres inconnus dont on ignore la compétence réelle. Cela est encore renforcé par le choix des artistes qui figurent dans le cahier de reproductions en couleurs. Encore d’illustres inconnus (pourquoi pas ?), mais qui ne semblent pas devoir révolutionner la peinture actuelle. En somme, la revue oscille entre le magazine et la revue universitaire en n’étant ni l’une ni l’autre. Le fait d’associer l’art aux sciences humaines me paraît être une erreur. C’est vrai que c’est une pente choisie par bon nombre de créateurs depuis quelques décennies pour justifier leur démarche. Il conviendrait de se pencher sur le cas des arts plastiques (ou non d’ailleurs) en choisissant des perspectives différentes, cela va sans dire. Mais il faudrait trouver un équilibre entre les déclarations de ces artistes et les commentaires apportés par les auteurs qui sont amenés à trouver le sens de leur pratique et, ici, d’apporter des éclaircissement sur des pratiques nouvelles.
Bien sûr, il faut considérer cette publication plutôt comme un numéro zéro. Avec le recul et une profonde autocritique, Kritiks pourrait très bien trouver sa place dans ce quasi désert concernant un domaine qui touche des foules importantes. La rétrospective de Jeff Koons au Centre Pompidou a prouvé que de nombreux visiteurs peuvent s’intéresser à un artiste qui rompt avec le passé de manière radicale. La presse s’était d’ailleurs emparé de ce phénomène. Souhaitons donc à cette nouvelle revue de vite redresser la barre.

 

Fiche de la revue

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