Laboratoire italien

Politique et société

par Roberto Nigro
2001, in La Revue des revues n° 30

Laboratoire italien est une revue semestrielle (parution en mars et en octobre) et bilingue (français/italien). Elle est publiée par l’Association Laboratoire italien avec la collaboration du CERPPI (ENS Lettres et Sciences Humaines), du CIRILLIS (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3), et du Dipartimento di Scienze Giuridiche de l’Université de Trento.
Son projet est de contribuer au débat sur l’Italie, considérée comme un « laboratoire politique ». Les rédacteurs de cette revue considèrent l’Italie, « dans sa pluralité et diversité, du Moyen Âge à nos jours, comme un lieu d’élaborations et de réalisations multiples du politique. Si dans certains cas, celles-ci fondent le patrimoine commun européen, dans d’autres, elles montrent au contraire une irréductible spécificité. » (p. 3) S’interroger sur la constitution du politique constitue l’enjeu majeur du projet de la revue. Une unité d’objet, qui n’exclut pas, toutefois, une pluralité de perspectives et d’approches multiples (historique, philosophique, littéraire, etc.). La revue se propose d’aborder des questions qui ont un sens « pluriséculaire » et qui exigent un traitement qui rompe avec les barrières disciplinaires. Pourtant, cette perspective n’exclut pas la possibilité de se concentrer sur un thème contemporain ou sur la discussion d’ouvrages récents. Outre les articles consacrés au thème principal, la revue comporte des rubriques consacrées à la publication d’inédits ou de traductions, aux comptes rendus de lecture, à la discussion d’ouvrages récents.
L’intention de retracer un parcours qui s’étend sur plusieurs siècles, mais qui évoque en même temps les questions liées au présent, est en œuvre dès ce premier numéro consacré à une réflexion sur le peuple. Il s’agit d’un sujet classique qui focalise les analyses principalement sur le discours politique. Il est question de revenir sur l’usage politique du mot « popolo » au Moyen Âge, mais aussi à l’époque contemporaine ; de retrouver la vertu du mot dans les œuvres, entre autres, de Machiavel, Cuoco, Carducci. Par ailleurs, ce thème du peuple et de la formation d’un sujet politique a le mérite de montrer un aspect de la richesse du « laboratoire » italien. En effet, à partir de là il est légitime de se poser la question d’un héritage possible à l’échelle du « laboratoire européen ». La reprise de thèmes qui sont au centre du débat philosophique et politique actuel, comme celui concernant la notion de peuple et de plèbe chez Machiavel, amène à s’interroger sur des questions ouvertes au cœur du présent : « Comment faire pour que les conflits qui divisent la cité produisent la liberté et non pas la guerre interne ? » (p. 31) Si le nom de Machiavel revient (et pour cause) à plusieurs reprises dans les différentes contributions, il reste néanmoins que les analyses ne se bornent pas à cette seule référence. D’autres contributions montrent l’instabilité sémantique de la notion de « peuple » dans les écrits des ex-jacobins et dans la rhétorique du Risorgimento, ainsi que le glissement de « peuple » à « masse ». Au XVIe et XVIIe siècle, l’emploi apolitique du concept de « popolo » dissout la notion de peuple comme sujet politique actif. Il s’agit d’un processus de dépolitisation, qui se produit dans la culture politique italienne, à l’époque où le peuple s’apprête à devenir sujet politique par la voie de l’assujettissement volontaire. Encore faut-il souligner l’effort, en œuvre dans ces contributions, de surmonter la crise actuelle du rapport individu-nation et la remise en cause de la souveraineté, à travers une recherche généalogique, qui, en se plongeant dans l’histoire, cherche aussi des nouvelles alternatives politiques.

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