Les Épisodes

par Éric Dussert
1998, in La Revue des revues n° 25

Contrairement aux usages, on ne trouve dans Les Épisodes ni déclaration inaugurale fracassante ni trace d’autosatisfaction. Tout dans cette revue au format de poche souligne l’humilité jusqu’au choix d’une épigraphe extraite des Promenades étrusques de D. H. Lawrence : « Il vaut mieux danser au son de la double flûte que conquérir le monde pour faire rentrer l’argent. » Sur cette sage ligne de conduite, Les Épisodes se destinent à la promotion de « nouveaux auteurs » en leur ouvrant une centaine de pages où s’épanouissent poèmes, récits et articles.
Plus qu’une allusion au caractère éphémère de la chose littéraire, l’emploi du mot épisode appelle celui de feuilleton. Ce genre lié aux succès du roman populaire a trouvé chez Paulo Tunhas une tentative de renouvellement. Loin de répondre aux canons balzaciens, celui-ci livre avec « Imalva » le monologue d’un jeune homme d’aujourd’hui qui a flâné de Zagreb à Bercy trois fois déjà – la revue respectant l’engagement pris d’une périodicité quadrimestrielle a livré en novembre et mars derniers deux nouveaux épisodes. P. Tunhas mâtine de questions internationales les marasmes intérieurs d’un jindividu sans assise, ce qui constitue en somme un bon condensé de l’objets littéraire du moment.
Les Épisodes ont aussi l’esprit critique. Sous la signature de Bruno Jean-Bart, François Schœffler ou John Turner, de courts essais consacrés à Walt Whitman, Max Frisch ou aux toiles de Rebeyrolle examinent en quelques pages un moment, un livre, une œuvre. Au sujet des Belles-infidèles sur lesquelles il se penche dès le numéro inaugural, le directeur de la publication B. Jean-Bart désigne franchement un nouveau cas d’école en analysant la version de Under the Volcan de Malcolm Lowry par Jacques Darras (Grasset, 1987). Ses démonstrations circonspectes prennent valeur d’évidence. Assez précises pour justifier une nouvelle édition intégrale et fidèle à l’esprit du roman, elles renchérissent sur plusieurs documents récents qui ont mis en lumière la vertu des études comparées en matière de traduction – Variations sur une omelette irlandaise (Marval, 1996), À travers le Jabberwocky (à propos de L. Carroll, Le Castrol astral, 1997) et le dossier « Traduire, hier et aujourd’hui » de L’Atelier du roman (no 11, printemps 1997). Si belle soit-elle, une traduction n’est donc jamais définitive. La réédition intégrale des grands romans noirs américains de la Série noire en avait fait la démonstration comme Les Épisodes prouvent que l’on peut être modeste et ne pas rester sans voix.

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