Librairies et revues : un dialogue compliqué

par Julien Delorme et Coraline Passet
2023, in La Revue des revues no 69

Sous les transformations de l’édition – massification et uniformisation de la production, création des grands circuits de diffusion/distribution –, doublées d’une concurrence avec les grandes surfaces de vente, les librairies indépendantes se sont converties à une politique de l’offre, atout commercial plus certain, et se sont éloignées des revues, objets hybrides, entre création et recherche, exigeants et peu identifiables. L’apparition des mooks habilement marquetés et ciblés, n’a fait qu’accentuer la marginalisation des revues auprès de libraires dont la formation n’a jamais fait cas de celles-ci. Dans leur espace compté, la temporalité des revues, leur rotation très en retrait par rapport à la profusion des livres et au rythme des magazines, leurs propres limites à définir le lecteur qu’elles entendent séduire, la faiblesse de leur capacité de diffusion – entre auto-diffusion et diffusion déléguée par de rares et modestes structures – leur concèdent peu d’espace. Tels sont les enseignements qu’on peut tirer des entretiens réalisés auprès d’un échantillon de libraires, même si certains font toujours preuve d’enthousiasme et d’engagement en direction de ces objets fragiles.

Bookshops and journals: a difficult dialogue

Under the transformations in publishing – massification and standardisation of production, creation of large diffusion/distribution circuits –, coupled with competition with large retail outlets, independent bookshops have converted to a policy of supply, a more certain commercial advantage, and have distanced themselves from journals, hybrid objects between creation and research, demanding and hardly identifiable. The appearance of cleverly packaged and targeted mooks has only accentuated the marginalisation of journals among booksellers whose professional training has never included them. In their limited space, the temporality of the journals, their turnover, which is far behind the abundance of books and the rhythm of magazines, their own limits in defining the reader they intend to seduce, the weakness of their distribution abiliity – between self-distribution and distribution delegated by rare and modest structures – all this give them little space. These are the lessons that can be drawn from the interviews conducted with a panel of booksellers, even if some still show enthusiasm and commitment to these fragile items.


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