Mercure

Les médias autrement

par Charles Ruelle
2008, in La Revue des revues n° 41

N1, hiver 2007
Périodicité : trimestrielle
Éditeur : association Mercure
Directeur de publication : Anthony Dufraisse
Adresse : c/o Anthony Dufraisse
14, avenue Foch F-95100 Argenteuil
revuemercure@free.fr
ISSN : 1968-0317

Fondée par Anthony Dufraisse, la toute nouvelle revue Mercure (4 numéros par an prévus) annonce son objet dans son sous-titre : Les Médias autrement. On pense alors à Médias, Le Temps des Médias, Hermès, ou encore l’ancienne revue MédiasPouvoirs, et l’on se dit, dubitatif, que le thème est déjà cerné depuis longtemps, dans le moindre recoin. Si l’originalité n’est a priori pas dans l’objet, elle devra donc être notamment dans la méthode et le positionnement. Sur ce point, les « lignes directrices » qui ouvrent ce premier numéro affirment une saine ambition de pluralisme méthodologique et la volonté de jouer sur « tous les registres de la pensée – philosophique, historique, économique, littéraire, sociologique [et] esthétique ». Une finalité à cette perspective kaléidoscopique, « observer », autrement dit : « […] passer en revue les principes et les pratiques, les enjeux irrévélés et les rouages, les idéologies et les dispositifs, les symboles et les figures emblématiques, les mythes fondateurs et les nouveaux moteurs, les trompe-l’œil et les paradoxes. »
Le programme est vaste et ambitieux pour cette revue que l’on devine sans grands moyens : la maquette et la finition sont relativement artisanales – mais les revues naissent rarement dans la soie – et rappellent que Mercure a ce mérite de l’indépendance à l’égard de toute institution, une qualité essentielle pour traiter d’un objet généralement intimement lié à la problématique du pouvoir, quelle qu’en soit la forme, et à propos duquel le discours critique se transforme ailleurs souvent en discours d’expertise. Presque rien de tout cela ici, mais des textes divers, aux formats différents, volontairement hétérogènes et désordonnés, mais aussi inégaux, des « positions », des « situations », des « radiographies » et des « figures libres ». Anthony Dufraisse a veillé, pour cette première livraison, à laisser une place à la télévision, la presse, la radio, Internet.

Le numéro s’ouvre sur une intéressante analyse de Vladimir Bertrand et Christian Ruby qui dénoncent la thèse du conditionnement du public par les médias (selon laquelle ceux-ci pervertiraient l’innocence cachée du spectateur). Quelques pages plus loin, une fois passées les divagations obscures d’un Manuel de Dieguez qui imagine l’Europe décadente ( ! ) et sauvée par les internautes, ou les (mal)pensées de Didier Nordon peu inspiré sur l’information comme « désinformation », on goûte avec plaisir un texte de Claude Régy qu’Anthony Dufraisse a eu la bonne idée de sortir de l’oubli, 25 ans après sa première parution : le metteur en scène y développe sa vision des acteurs en tant que voix d’accès (« médiats ») vers un univers invisible, vers un inconscient, dont la télévision ne cesserait de s’éloigner en collant toujours plus à la représentation, à la figuration immédiate du réel. À noter aussi, l’intéressant entretien avec l’artiste Agnès de Cayeux, qui travaille à partir de vidéos postées sur Internet, ou les expériences radiophoniques et philosophiques d’Olivier Pascault sur Radio Libertaire. Pour la suite de Mercure, Anthony Dufraisse annonce un numéro double. Un comité de lecture devrait aussi être constitué. On espère celui-ci impliqué dans la bonne réalisation des ambitions annoncées, c’est-à-dire capable, notamment, de pérenniser la liberté de ton ici dévoilée, mais en même temps capable d’ajuster puis de maintenir à bonne température la qualité des futures contributions.

Charles Ruelle

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