Noir sur blanc

1986, in La Revue des revues n° 1

« Le fracas des avant-gardes s’est éteint ; ultimatums et scandales sont entrés dans la littérature qui succombe paradoxalement sous les piles de livres invendus – car si tout le monde écrit plus personne ne lit.
Gonflés d’une grandiloquente mythologie les peintres officiels sont de retour. Les surfaces sont envahies par un cancer proliférant d’images que personne ne voit plus.
Et le cinéma devient un souvenir que les écrans cathodiques éloignent.
Peut-on passer au travers des mailles de son temps ? Nous ne courrons jamais plus vite que lui ; modes et média dictent leurs conditions quel que soit notre dédain. Que cette réalité soit branchée ou câblée, elle conserve son aspect terne, banal ; sa contingence nous laisse insatisfaits tant qu’aucun pouvoir d’invention ne lui a trouvé de nécessité.
Noir sur blanc ne relève d’aucune stratégie éditoriale ou commerciale ; aussi jetons-nous un regard amusé plus que courroucé sur les machineries spectaculaires. Notre comète nous sauve du désert qui gagne ; elle nous permet d’alimenter un vieux rêve ; refuser la banalisation et créer l’originalité en entrecroisant les styles ; exposer nos fictions avec nos certitudes et nos doutes ; afficher nos fidélités pour opposer nos choix à l’indifférence généralisée ; fêter cette fin de siècle en réunissant tous ceux que nous aimons. »
C’est ainsi que cette nouvelle revue trimestrielle Noir sur blanc annonce la couleur. Sous l’ombre tutélaire de Mallarmé, un avenir selon quatre chemins – littérature, peinture, photographie, cinéma – tracé par Philippe Arbaizar et Joël Vernet, composant la rédaction. Parmi le sommaire aux titres en taille-douce, des extraits de « Dernières choses » d’Umberto Saba, dans une traduction de Bernard Simeone et du « Colporteur », de Christian Bobin ; « Ballade de Henry James à Venise », de Michel Butor, « Le Délassement d’un peintre parisien » de Jean Le Gac… Prochain numéro à l’automne.

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