Résonance générale

Cahiers pour la poétique

par Clothilde Roullier
2008, in La Revue des revues n° 41

No 1, été 2007
Éditeur : L’Atelier du Grand Tétras, Mont de Laval (Massif jurassien)
Directeur de la publication : Daniel Leroux
Adresse : Serge Martin 35, chemin de l’Arc F-14000 Caen
E-mail : resonancegenerale@laposte.net
Prix : 15 €
Périodicité : 3 numéros par an
ISSN : 1959-2108

>>Résonance générale ou Résonance>> générale, selon le côté par lequel on appréhende le volume, le manipulant, le retournant de la tranche à chacun des plats, s’annonce sous un double signe mouvant >> donc, dont on ne connaît pas le nom. La composition toujours ondulante du titre – dont les lettres ne suivent résolument pas de guide-âne –, redoublée, pour la première livraison de ces « Cahiers pour la poétique » (sous-titre de la revue), d’un emboîtement de couleurs avançant en ricochets (susceptibles sans doute de se prolonger dans les numéros suivants), s’accompagne
du mot d’ordre : « Du rythme, maintenant ». Le sommaire, s’ouvrant sur le manifeste des trois membres du comité de rédaction (Serge Martin, Laurent Mourey et Philippe Païni), qui « [détestent] la philosophie, l’être, l’étant, le néant, l’habitation et toutes les autres majuscules » (p. 8), démarre avec le seul texte pratiquement doté d’une majuscule, la série d’articles suivant s’enchaînant avec des intitulés en minuscule. Si bien que l’on a, émaillée de >>, de grands titres de parties (les Cahiers) et de numéros de pages, une sorte de très grande phrase – un très grand poème – se développant tout au long des 149 p., qui pourrait se résumer ainsi si l’on ne garde que les titres des contributions : « Dans le mouvement même… / manifestons une première résonance générale / au jardin d’encre / tout de demain / jamais un souffle / quinze poèmes traduits par Laurent Che-valier / hors commerce / encres / Henri Meschonnic, poète libre / poèmes / pour en finir avec le signisme / “L’absente de tous bouquets” / avec la Rime et la vie / manifeste pour un parti du rythme ». Où l’on voit que le manifeste résonne aux deux bouts de la chaîne… La lecture incite à de fréquents aller et retour, parce que les « encres » des textes et des images se répondent, parce que le texte final est déjà disséminé au fil du cheminement qui l’éclaire, et parce que la dynamique du plan d’ensemble renvoie à la proximité des auteurs dont les collaborations « hors cadre » sont mentionnées à la fin de chaque contribution. À quoi s’ajoute le pluralisme de Serge Martin, alias Serge Ritman, invitant à la promenade pour recueillir les indices de l’astuce. Henri Meschonnic ferme la danse de ce numéro fonctionnant « avec [sa] pensée du rythme » (p. 4). Un recueil qui se tient donc, qui fait corps, travaillant avec celui dont l’« œuvre est d’abord un opérateur d’oralité pour penser avec le maximum de corps » (p. 57). Ce n’est pas pour autant une gentille balade. À l’image du personnage sous le signe duquel elle se place pour jeter ses bases (« Il y a un manifeste quand il y a de l’intolérable. Un manifeste ne peut plus tolérer. C’est pourquoi il est intolérant », dixit Meschonnic, p. 144), la revue s’insurge, critique les lectures erronées de la pensée du maître sur un ton qui ragaillardit (on retiendra les « cinq-à-sept du Dasein [qui] font battre le cœur des demi-mondains du poéthiquement correct », p. 81), martèle les notions qu’elle conteste (et qui, elles, ont droit à des majuscules pour mieux les pointer du doigt : Signe, Signisme, Nature, Raison, Absentéisme…). À la limite, l’ensemble résonne tellement que l’on peut se demander s’il ne relève pas davantage du numéro spécial que d’une revue au sens propre. La fin du texte de Meschonnic lance pourtant un pont vers le prochain numéro, dont un des cahiers « situera quelques discours “après Auschwitz” » (l’autre « posera la critique comme cœur de l’activité artistique »). On comprend en tout cas l’urgence qui motive les rédacteurs, suivant l’avertissement formulé par le même : « Un poème est un acte de langage qui n’a lieu qu’une fois et qui recommence sans cesse. Parce qu’il fait du sujet. N’arrête pas de faire du sujet. De vous. Quand il est une activité, pas un produit. Manière plus rythmique, plus langage, de transposer ce que Mallarmé appelait “authenticité” et “séjour”. Séjour, terme encore trop statique pour dire l’instabilité même. Mais “la seule tâche spirituelle”, oui, je dirais encore oui, dans ce monde emporté par la vulgarité des conformismes du marché du signe, ou alors il faut renoncer à être un sujet, une historicité en cours, pour n’être qu’un produit, une valeur d’échange parmi les autres marchandises. Ce que la technicisation du tout-communication ne fait qu’accélérer » (p. 138-139). On attend donc d’entendre la voix que prendront les prochains numéros.

Clothilde Roullier

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