« Sur les revues

Idées cadeaux

Guide, mémo, catalogue, sélection… à l’approche des fêtes, partout fleurissent des suppléments cadeaux. Il n’y a pas de raison que nous ne fassions pas de même nous aussi, ici. Voici donc, pour être raccord avec l’air du temps qui fleure bon le conifère, quelques suggestions d’ouvrages plus ou moins récents à offrir à ceux que les revues intéressent, ou à s’offrir si l’on persiste à ne rien vouloir céder à la grégarité ambiante.

Par exemple il y a La Liqueur d’aloès (1), de Jacqueline Laâbi. Dans ce récit autobiographique, l’épouse du grand poète marocain Abdellatif Laâbi évoque, en arrière-plan, le rôle et l’activité de Souffles dans le Maroc mouvementé des années 60-70. À l’époque, écrire pour Souffles (ou pour cette autre revue, Anfas) « constituait une incontestable preuve de gauchisme » et cela pouvait valoir aux contributeurs un séjour plus ou moins prolongé derrière les barreaux…

Au fil de la massive biographie de François Mauriac signée Jean-Luc Barré (2), les liens de l’écrivain avec les revues, auxquelles il pris activement part, sont évidemment abordés. Qu’on pense seulement à l’aventure de La Table Ronde : « Membre du comité directeur, Mauriac règne en souverain fraternel, caustique et attentif, sur l’équipe hétéroclite de la revue où il fait office, le plus souvent, sinon de fédérateur, du moins d’intercesseur ».

Non moins évidents, quoique d’une autre nature et s’inscrivant dans une autre constellation artistique et intellectuelle, sont les rapports de Jean Schuster avec l’univers – surréaliste – des revues. Dans un essai (3) d’une belle densité, notre collaborateur Jérome Duwa, épluchant un nombre important de documents, traverse les multiples expériences de Schuster, de Néon à Coupure, en passant par Médium, Bief, La Brèche ou encore L’Archibras. Duwa décrit « son rôle essentiel d’animateur de la vie des revues surréalistes, et donc du groupe, aux côtés de Breton : depuis 1953, Schuster dirige tous les périodiques surréalistes ou fait partie de leur comité de rédaction »…

Plus rare à trouver (on l’a dégotté au fond d’un bac d’une librairie d’occasion) (et qui n’est plus indiqué chez l’éditeur NdlR), l’ouvrage consacré par Mélanie Alfano à La Lanterne sourde (4), cette revue belge de l’entre-deux-guerres qui, si elle connut quelques livraisons seulement en l’espace d’une décennie (1921-1931), fera toutefois dire à Jules Romains : « La Lanterne sourde a accompli une œuvre importante à tous égards. Il est juste que son souvenir ne périsse pas ».

Dernière suggestion de lecture et non des moindres, puisqu’il s’agit de Marcel Proust. Gallimard réédite son volume de Chroniques (5) qui date de 1927 pour la première édition. Notes de lecture, souvenirs, réflexions s’y succèdent, pour l’essentiel publiés à l’origine dans Le Figaro, et pour les autres destinés à La Revue Blanche ou à La Nouvelle Revue Française notamment. Voilà, à vous de jouer maintenant ; il ne vous reste plus qu’à dérouler le papier cadeau.

Léo Byne

  1. Jocelyne Laâbi, La Liqueur d’aloès, La Différence, 2015.
  2. Jean-Luc Barré, François Mauriac. Biographie intime, Pluriel, 2015.
  3. Jérôme Duwa, Les batailles de Jean Schuster. Défense et illustration du surréalisme (1947-1969), L’Harmattan, 2015.
  4. Mélanie Alfano, La Lanterne sourde. Une aventure culturelle internationale, Éditions Racine, 2008.
  5. Marcel Proust, Chroniques, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 2015.

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