« Sur les revues

Arthur Adamov : de Discontinuité à L’heure nouvelle

Arthur Adamov (1908-1970) ? Hum… est-ce un cosmonaute, un cinéaste soviétique ou un ancien ailier droit du CSKA Moscou ? C’est une boutade, évidemment, mais on exagère à peine. Soyons réalistes, le nom de l’écrivain d’origine russo-arménienne ne parle pas forcément à tout le monde. De la « troïka »* qu’il forme avec Ionesco et Beckett, d’ailleurs un peu trop artificiellement entretenue par des générations de critique théâtrale, Adamov est sans nul doute le moins connu, le moins lu, le moins joué aujourd’hui. Voilà pourquoi, dans un accès de réparation mémorielle et pour atténuer quelque peu l’occultation et de l’homme et de l’œuvre, Gilles Ortlieb lui consacre un petit livre** en forme de salutations. En moins de soixante-dix pages, il s’est mis en tête sinon de réhabiliter la mémoire du dramaturge (mais pas que), du moins de la dépoussiérer. Si on parle ici de cette parution c’est qu’il y est très brièvement question, par moments, de certaines revues. Et d’abord page 19 et suivante : « Adamov fonde une revue, Discontinuité, où il se publie en même temps que Benjamin Fondane, entre autres, mais dont ne paraîtra qu’un seul numéro faisant lointainement écho au Grand Jeu de Daumal et Gilbert-Lecomte. » Nous sommes alors à la toute fin des années 20, en juin 1928 exactement. En page 21, passant en revue certaines des relations féminines de l’intéressé, Ortlieb rappelle qu’à l’été 1933 Adamov dédia « une poignée de poèmes dans Les Cahiers du Sud » à Meret Oppenheim, jeune Allemande arrivée à Paris et qui n’était pas encore l’artiste touche-à-tout qu’elle deviendra au contact du cercle surréaliste. Une autre expérience de création de revue, à peine moins vite avortée que Discontinuité, est évoquée à la page 28 ; il s’agit cette fois, sous le titre L’heure nouvelle, d’une publication qui verra le jour à deux reprises en lointain écho à une formule de Rimbaud, et en association avec la critique Marthe Robert.

fonds Destribats

Y seront notamment publiés Artaud, Gilbert-Lecomte, Armen Lubin, Bataille, Prévert, René Char, Georges Ribemont-Dessaignes ou encore Henri Thomas***. Mais ce projet né juste après guerre – « Nous nous engageons à ne publier ici que les témoignages du dépouillement qui caractérise l’époque » – ne fait pas long feu. Gilles Ortlieb, de nouveau : « Programme trop sévère, sûrement, puisque la revue cessa de paraître après deux numéros. » De fait,  disons pour compléter le propos d’Ortlieb que ces « Cahiers de littérature, d’art et de critique », comme était sous-titrée la revue, ne connaîtront qu’un premier numéro en septembre 1945 et un second au printemps 46. Voilà ; telles sont les quelques mentions de revues qui apparaissent dans ce livre et dont on fait ici le signalement pour, bien sûr, inciter et à lire ce modeste ouvrage et surtout, au-delà, à relire Adamov, son théâtre, ses écrits intimes, etc.

D’autre part, et si on veut aller plus loin, on ne saurait que trop conseiller également la lecture d’une très ancienne livraison de La Nouvelle Critique datant de 1973 et consacrée à ce même Adamov, ou celle du beau numéro d’Europe, plus proche de nous celui-là, en janvier-février 2018, conçu à l’initiative de Jean-Pierre Han. Bref, retrouvons et repensons un peu à celui que Gilles Ortlieb appelle, plus de quarante ans après Roger Planchon****, « A.A. ».

 

Anthony Dufraisse

 

 

* Le mot est d’Arthur Adamov.

** Un dénuement : Arthur Adamov (Fario).

*** Henri Thomas qui aura l’occasion de raconter, dans des entretiens avec Christian Giudicelli parus dans Théodore Balmoral (no 48, hiver 2004-2005), comment cette revue a miraculeusement vu le jour tant Adamov était alors impécunieux, comme rarement il le fut.

**** « A.A. Théâtres d’Arthur Adamov », spectacle créé en 1975 au TNP de Villeurbanne.


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