« Sur les revues

Luc Bondy (1948-2015)

« Pourquoi ne rallume-t-on pas la lumière ? »

« Pourquoi ne rallume-t-on pas la lumière ? »

Malgré tout, les fêtes de l’instant se poursuivront, mais Luc Bondy n’y participera plus. Le metteur en scène, écrivain et directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe est décédé ce 28 novembre, à Zürich. Le monde de la culture, en lui rendant hommage, rappellera l’importance de son œuvre, son rôle et la place singulière dans le théâtre européen contemporain. Il devait monter Othello, cet hiver, à l’Odéon. Dans ces hommages, on n’oubliera pas ses écrits, car Luc Bondy fut aussi un écrivain rare, aux livres saisissants de justesse et d’énergie.

Luc Bondy portait le bel héritage d’une « dynastie » d’intellectuels et d’écrivains de la Mitteleuropa. Un ami lui dit un jour qu’il ressemblait de plus en plus à son grand-père, Fritz Bondy (1880-1988), incarnation de l’intellectuel de la Cacanie de Musil, ce laboratoire de la modernité. Metteur en scène et directeur du théâtre allemand de Prague il fut l’ami d’Arthur Schnitzler et de Max Brod qui lui présenta Kafka. Pourtant, Luc Bondy aurait personnellement préféré ressembler à son père, François Bondy (1915-2003). Ami et traducteur de Gombrowicz et de Ionesco, François Bondy dirigea la revue Preuves, l’une des plus importantes revues intellectuelles et littéraires des années 1950 et 1960. Un de ses livres les plus forts, Mes Dibbouks (éd. Christian Bourgois, 2006), s’ouvre sur une évocation de ce père, lecteur omnivore à l’empreinte si forte : « les livres, les revues, les articles, les journaux étaient ses interlocuteurs ou ses adversaires ». Le metteur en scène lui dédia son admirable livre d’entretiens avec Georges Banu, La Fête de l’instant (Actes Sud, 1996). Avec son recueil de poèmes Toronto (éd. Christian Bourgois, 2014), son roman À ma fenêtre (éd. Christian Bourgois, 2009) et Dites-moi qui je suis pour vous (Grasset, 1999), l’ouvrage témoigne d’une sensibilité et d’un regard uniques sur la littérature, le théâtre et le monde.

François Bordes

France-Culture a consacré un hommage à Luc Bondy :

http://www.franceculture.fr/2015-11-28-le-metteur-en-scene-luc-bondy-est-mort-0


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