
Les piles de Vie du rail et de Paris Match étaient entassées depuis des décennies dans un coin du grenier. Non loin, dans des boîtes bien classées, gisaient les journaux du 11 septembre 2001, ceux du 7 janvier et du 13 novembre 2015. On a fini par s’en débarrasser. On ne sait plus trop pourquoi on les gardait. Ces morceaux de vieux papiers sans valeur, on leur a dit adieu sans grand regret. Il y a belle lurette qu’on ne découpe plus de coupures de presse. Lire un journal imprimé est devenu rare ; cet objet si courant s’est peu à peu estompé de la vie quotidienne.
Dans L’Adieu au journal (CNRS éditions, 2026), Guillaume Pinson lui consacre un essai original et sensible dans lequel il plonge dans l’âge médiatique des XIXe-XXe siècle. Recourant aux approches les plus récentes, il voit le journal comme un générateur d’émotions, un « appareil à enregistrer les sons » (chapitre très stimulant), un empire de papier et une machine à explorer le temps. Loin d’une plainte sur la fin d’un média, l’essai incite à se saisir de nouvelles modalités offertes par l’ère numérique pour dépasser l’âge médiatique et « tenter d’inventer quelque chose de nouveau ». Ce défi concerne aussi les revues – et nous savons bien ici qu’elles sont nombreuses à l’avoir relevé.
https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/l-adieu-au-journal/
L’histoire de l’art en archives 
Fondée en 1988 par l’association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités, la revue Histoire de l’art consacre son numéro 96 à la place des archives dans la fabrique de l’histoire de l’art. Comment documenter, scruter, analyser, décrire et raconter les gestes de l’étude et du soin porté aux œuvres ? La question des archives de l’histoire de l’art est paradoxalement récente.
« Les archives, annonce la revue, ont cette double valeur de constituer des sources pour l’histoire de l’art autant que de témoigner des usages de cette discipline. Qu’elles concernent des œuvres, des artistes, des institutions ou des protagonistes de l’art, de son histoire et de son marché, elles documentent toujours, en filigrane, des manières d’appréhender les objets, manières inscrites dans leur contexte de production. »
Parmi les nombreuses contributions, signalons par exemple la présentation des fonds d’historiens d’art à l’INHA par Jérôme Delatour, Guy Mayaud et Isabelle Périchaud. Emmanuelle Pollack montre tout l’intérêt des archives en s’intéressant à l’exemple de Douglas Cooper. Michela Passini décrit le lien entre « usages de la correspondance et pulsion d’archives » chez Erwin Panofsky. Un livre récent a rappelé la profondeur de l’influence de l’historien de l’art, analysant par l’archive ses liens avec Pierre Bourdieu (Étienne Anheim et Paul Pasquali, Bourdieu et Panofsky, Essai d’archéologie intellectuelle, suivi de leur correspondance inédite, Paris, éd. de Minuit, 2025). Ce man of letters a pu établir, par sa correspondance, un solide réseau intellectuel et amical, créant une communauté informelle qui permit à l’historien de l’art exilé de fabriquer l’espace scénique de son œuvre.
http://blog.apahau.org/category/la-revue-histoire-de-lart-2/
L’émancipation autrement
Dans un contexte confus et inquiétant, on gagne toujours à se plonger dans les eaux du passé. Le débat sur la question du fascisme pourra par exemple se nourrir du volume très pédagogique que Romaric Godin vient de publier aux toujours avisées éditions toulousaines Smolny. Sous le titre Penser l’émancipation autrement, huit marxistes hétérodoxes, il présente huit pensées oubliées et marginales en insistant sur leur lucidité et actualité. De Rosa Luxembourg à Paul Mattick en passant par Karl Korsch et Anton Pannekoek, on découvre ou redécouvre des itinéraires et des analyses fécondes. Ces articles ont été initialement publiés sur le site de Mediapart et s’adressent à un large public. Godin accomplit ici un véritable travail de transmission. Chaque présentation s’accompagne d’un bref choix de textes. On lira avec le plus grand profit l’article consacré à Otto Rühle (1874-1943) dont le livre-clef Fascisme brun fascisme rouge mérite d’être relu aujourd’hui. Ce texte de 1939 a été publié par René Lefeuvre en octobre 1975 dans les Cahiers Spartacus, série B, n° 63. À l’âge numérique des tyrannies, redécouvrir « l’un des penseurs les plus radicaux de la gauche anti-autoritaire » ne saurait être inutile.
Arte flamenco
Un festival, c’est une forme de la fête. On en garde le plus souvent de souvenirs, des sons, des images, des odeurs, des tickets, des badges, un sac, un vêtement. Le festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan a choisi la forme d’une revue pour marquer la mémoire de son action : les Cahiers du festival Arte flamenca. Le moment ainsi se prolonge et la fête de l’instant se perpétue grâce à un objet de papier élégant et rouge. Maquette soignée : la patte de fario est passée par là… La table des matières du premier numéro est virevoltante : un texte intense de Lydie Salvayre témoignant de l’expérience de la possession flamenca, puis Francis Wolff, Miquel Barcelo, Michel Dieuzaide… le tout illustré de photographies d’Olivier Deck. On y fait plus ample connaissance de Samuelito, jeune prodige flamenco venu de Normandie, désormais étoile scintillante sous le nom de Sangitananda. On annonce le prochain numéro de ces Cahiers de fièvre à paraître au mois de mai, un peu avant le festival qui se tiendra à Mont-de-Marsan du 30 juin au 4 juillet.
https://festivalarteflamenco.fr/actualites/les-cahiers-festival-arte-flamenco
