Quartette #25

 

 

Péril en la demeure Dans un récent numéro du TLS , Christy Edwall méditait sur la lecture, « la valeur et le futur incertain du mot écrit ». Elle s’appuyait pour cela sur trois récentes publications: Books, a Manifesto de Ian Patterson, The Gifts of Reading for the Next Generation dirigé par Jennie Orchard et Relearning to read d’Ann Morgan. Les transformations du livre et de l’édition se déroulent dans le contexte inquiétant d’un recul des pratiques de lecture. Peut-être en découlent-elles aussi un peu ? Plutôt que de ricaner et de moquer la louable initiative du « quart d’heure de lecture national », la tribu joyeusement indisciplinée des lisants-écrivants serait bien inspirée de songer au bien-fondé de cette démarche. Quand la maison est en feu, on ne perd pas de temps à commenter la couleur de la veste des pompiers. Il y a péril en la demeure : il faut défendre le monde imparfait des mots et de l’écrit.

 

https://www.the-tls.com/politics-society/social-cultural-studies/ian-patterson-jennie-orchard-ann-morgan-book-review-christy-edwall

 

https://centrenationaldulivre.fr/quartdheurelecture

 

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Règle du jeu – Le séisme provoqué par le limogeage d’Olivier Nora a aussi touché le monde des revues. Accueillie par Grasset depuis sa création par Bernard-Henri Lévy en 1990, La Règle du jeu a quitté sa maison historique et signé la déclaration de soutien à Olivier Nora. On retrouvera sur le site de la revue une série d’interventions (dont le « Bloc-notes » de Bernard-Henri Lévy) sur l’affaire qui continue de secouer le monde littéraire et intellectuel français.

 

https://laregledujeu.org/2026/04/20/48544/avec-olivier-nora/

 

Revue des livres et des idées Une bonne nouvelle pour le pluralisme et l’écosystème du monde des idées : la Revue des Livres et des idées revient ! De 2007 à 2014, une première tentative avait proposé une publication inspirée du Times Literary Supplement, de la New York Review of Books ou de la London Review of Books. Avec la disparition de La Quinzaine littéraire, on sait la difficulté à faire exister en France ce type de revue critique. La nouvelle Revue des livres et des idées propose de reprendre ce combat et de « réveiller une critique qui refuse la tiédeur et qui embrasse pleinement le rôle qui lui revient : celui d’éclairer, de déranger et de mobiliser ». Avec les recensions, « elle proposera de grands textes d’analyse et d’intervention, des dossiers, des tables rondes, des entretiens approfondis, des portraits d’intellectuel·les et d’artistes, ainsi que des formes littéraires, comme des nouvelles ou des poèmes ». Une édition papier paraîtra quatre fois par an en librairie, par abonnement ou en vente directe sur le site internet. Elle annonce hautement la couleur: « Revue indépendante, elle refuse la réclame, le copinage et l’académisme. Revue de gauche, elle entend échapper aux travers habituels de [ce] camp, tels le sectarisme, la déploration et le défaitisme.” Un programme prometteur qu’il est possible de soutenir dès à présent ici: https://rdli.fr/

 

American VertigoCe quartette qui s’entête à parler de revues continuera à suivre l’American Vertigo qui menace de s’achever en Chute finale.

 

La livraison d’avril de la Revue des deux mondes se penche sur l’état des États dits unis, à la veille des 250 ans de leur indépendance. « Quel anniversaire? » s’inquiète Aurélie Julia dans son implacable et brillant édito: « Tandis que les festivités se préparent de l’autre côté de l’Atlantique, beaucoup ne recevront pas leur carton d’invitation : les milieux de la culture,  des  médias  traditionnels,  de  la  recherche,  des  universités  resteront  à  la  porte.  Les  juifs  se  tiendront  sur  leur  garde  avec  la  montée  de l’antisémitisme. L’Europe se contentera peut-être d’un strapontin. Quant au Moyen-Orient […] il  n’aura  probablement  envie  ni  de  fanfares  ni  de paillettes. »

 

Le dossier est riche de nombreuses interventions. Nicole Gnesotto s’interroge : « Les États-Unis sont-ils toujours en Occident ? », Jean-Marie Guéhenno analyse les périls menaçant la démocratie américaine, Richard Werly raconte un voyage « en Amérique hostile » et David Colon décortique la « conspicratie »: un gouvernement où le conspirationnisme  « exerce une autorité sans limites ».

Pour suivre les évolutions du pays jadis nommé le « nouveau monde », il convient de lire la revue où Tocqueville publia en 1840 des bonnes feuilles de De la démocratie en Amérique.

 

https://www.revuedesdeuxmondes.fr/revue/amerique-la-rupture/

 

 

François Bordes

 

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