Quartette #26

 

Couverture du n° 1165 d’Europe (détail) © Europe

 

 

Trassard à la trace La nouvelle livraison de la revue Europe invite, après un épais dossier sur Jane Austen, à (re)découvrir l’œuvre de Jean-Loup Trassard, cet écrivain discret et profond, habitué des chemins de traverse et aimé d’une conjuration de lecteurs fidèles. Thierry Romagné appartient à cette compagnie ; il a constitué le fronton réunissant autour de la parole de Trassard Jean-Baptiste Para et Georges Monti. Son article d’ouverture nous fait monter sur une colline offrant un point de vue panoramique sur le paysage de cette œuvre.

 

Celle-ci s’organise en deux ensembles majeurs : les récits courts, portraits de personnages secoués de fragilités et de failles (comme Trassard, orphelin de mère à douze ans), les livres consacrés à l’évolution de la vie paysanne, ses objets, ses rites, rythmes, faune, son monde dont Trassard saisit l’inexorable entrée dans la nuit. Il fut aussi l’auteur de livres pour la jeunesse et, aux éditions Le Temps qu’il fait, d’ouvrages liant texte et photographie. L’entretien Georges Monti, éclaire bien des secrets de fabrication de cette partie de ses travaux. Il donne aussi à voir la force du lien auteur-éditeur dont il est si vivement question aujourd’hui. Trassard en est un bon exemple, lui qui fut découvert, lancé, soutenu par Georges Lambrichs dans la NRF puis dans la revue et la collection les Cahiers du chemin.

 

 

Vers les steppes Trassard écrivit aussi un récit de voyage en URSS, Campagnes de Russie (Gallimard). C’était en 1988, en pleine perestroïka, juste avant La Chute finale. Dans le dossier d’Europe Jean-Baptiste Para consacre à ce livre huit pages d’une intense justesse. Il replace, relit, réinvente le parcours de Trassard « dans les steppes du temps » et fixe comme un vertige ce voyage « à travers un pays dont Alexandre Blok disait qu’il n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais, sinon comme entité lyrique ».

 

 

Consciences & poésie – Si l’on se fie à cette définition d’Alexandre Blok, la Russie existe bel et bien. En témoigne Examen de conscience, l’indispensable anthologie de poésie russe en temps de guerre dirigée et rassemblée par Elena Balzamo (Éditions du Seuil). Les poèmes réunis ici sont d’une puissance inouïe, admirablement transmis par des traductions sobres, précises, au plus près du sens. Dans le même numéro d’Europe, Olivier Barbarant consacre sa chronique de poésie à ce volume. Impossible à la lecture de cette recension de ne pas se précipiter chez son libraire pour acheter le volume (8,49 euros TTC). Barbarant intitule son article en citant un poème de Mikhaïl Cherb qui dit tout : « Le lait de la langue s’est caillé dans la bouche ».

 

 

Recueils critiques La critique trouve dans les revues l’un de ses lieux d’élection. Dans Europe, la chronique « Les quatre vents de la poésie » d’Olivier Barbarant trace un parcours dans la poésie contemporaine. Les éditions Illador ont eu l’excellente idée de les réunir en volume, offrant ainsi un petit guide très utile et inspirant – à l’image par exemple de Pour la poésie de Jean Cassou. On compose des recueils de poèmes, pourquoi les recueils de critiques ne constitueraient-ils pas un genre à part entière ? Illador l’a bien compris en ouvrant sa nouvelle collection, « Poésie, pour tout dire » avec ce volume d’Olivier Barbarant ainsi qu’un recueil d’articles d’Anne Malaprade intitulé Les mots font toujours des histoires.

 

François Bordes 

 

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