Faire connaissance : Fiction-Science #0

La seconde revue ? Au prochain numéro. Bientôt… [suite de la chronique Strate(s)]

 

C’est un envoi aux Docteurs Buvard et Pichet, c’est vous dire !

 

Vous dire quoi ? Que cette nouvelle revue prend le parti de l’humour, tout en présentant sérieusement les travaux des uns des autres.

 

Sous-titrée Recherche et bricolage science-art, Fiction-science « constitue un territoire de recherche des connexions sensibles entre pratique artistique et pratique scientifique ». Et ceci prendra des formes aussi surprenantes que sérieuses, ainsi des machines, « modèles » d’après Denis Pondruel, qui synthétisent personnages et action de pièces de théâtre, ou des architectures faussement simples représentant des portraits, « chambres de danses mentales », « Proposition pour un portrait de l’auteur par la description d’une pensée en train de naître » ; ainsi « Les sons du sol », début de recherches consacrées à la circulation d’ondes dans le sol, donc, et des possibles interactions avec le vivant (levures, mycélium, protozoaires, vers… mais aussi espèces en surface) jusqu’à l’homme, et, bien sûr, les partis qu’il pourrait en tirer. Mais les instruments d’écoute, que ce soit à Cornell university ou à Nanterre, lors d’une Nuit blanche, paraissent victoriens, décoratifs comme les antiques instruments d’une science naissante. Alors, fiction ou science ?

 

 

D’autres textes passeraient pour de la ’pataphysique, ainsi « De l’enseignement de la géomorphologie du polystyrène expansé et d’une nouvelle substance, le polystyrène-DDB », communication prononcée dans une galerie par… le docteur Buvard, en 2019, dans le cadre d’une exposition de Dominique De Beir. DDB ! cqfd (mais personne n’a réclamé de démonstration).

 

Sachez simplement que Dominique De Beir, co-fondatrice de Fiction-Science, est née à Rue, dans la Somme [« Comment va Coco ? Oh, il va pas bien Coco… » (clin d’œil personnel)] et enseigne à l’ESADHaR, tout comme, tiens tiens, Tania Vladova qui signe une savante causerie de Fi-Sci parcourant des mondes au gré d’une érudition vagabonde et profuse, apprenant les « paycaments » du Dr Seitoug, évoquant la fondation de l’ordre des Clarisses, l’architecture brutaliste, la représentation des pyxides dans l’art du vitrail et les fanzines. D’où Samuel Étienne.

 

Car le personnage est un important agitateur, comburant éditorial du monde des revues, créateur des éditions Mélanie Seteun (revue Volume!), enseignant à EPHE-PSL et passionné de fanzines. Les science zines sont l’objet de ses réflexions, en une page introduisant des reproductions extraites de Altération / érosion, fanzine scientifique réalisé par des étudiants de L’ESADHaR (École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen).

 

Ces reproductions sont soignées, tout comme les œuvres de DDB (Sol céleste), les Plastiglomérats de Laurence Nicola, les Endlings fantomatiques de Maddalena Parise.

 

La mise en page est léchée, colorée, dynamique. Les images sont surprenantes et énigmatiques parfois (artéfact ? copie ? œuvre ?). Ou concrètes et techniques, triviales et fascinantes, comme les illustrations du journal de résidence de Hélène Launois accueillie au CEA Paris-Saclay, dans les laboratoires de haute-science, où l’infini de l’univers se scrute en de savants bricolages et mesures sophistiquées. « Par l’immersion, la cohabitation, l’imitation, j’ai fait connaissance » dit-elle. Et fait œuvre, dans ce contexte art & science (A&S : acronyme allant de soi : ce genre de situation, comme les résidences d’écrivain, semblent se développer).

 

Elle nous invite à « Faire connaissance » avec Fiction-Science : nous ne pouvons que la suivre.

 

Yannick Kéravec

 

Coordonnées de la revue