

Ombra francese della collezione del Museo del Precinema (collection Minici Zotti) © CC BY 3.0/Curtain21/Wikimedia Commons
Une phrase d’Emmanuel Mounier –Les Cahiers Mounier proposent dans leur nouvelle livraison des « recensions retrouvées » écrites par le fondateur d’Esprit. Avant la création de sa revue, le jeune agrégé de philosophie collabora en effet à La Revue des cours et des conférences et à la Nouvelle revue des jeunes. Yves Roulière, exégète de Mounier et éditeur aux Presses universitaires de Rennes des Œuvres complètes et des Entretiens propose ici une édition de ces textes. Si la majorité des ouvrages recensés traitent de philosophie, une note attribuée à Mounier s’intéresse à Une Époque, un livre oublié du futur rédacteur en chef de la NRF, Marcel Arland. Dans ce petit texte de février 1931, Mounier écrivait ceci : « Nous en avons assez de vivre devant un écran sur lequel des magiciens font défiler d’incohérentes ombres chinoises ».
À méditer, n’est-ce pas ?
Feux épars – Les publications de La Dogana sont de celles qui font aimer les livres et nourrissent le désir de vivre avec eux, pour eux, au milieu d’eux. J’ignorais que le directeur de cette maison d’édition écrivait aussi. En ouvrant Fuochi sparsi. L’Univers comme alphabet II, on découvre un vaste espace, un style, un regard précis, juste et vivant. Qu’il évoque les encres de Picasso, l’écriture de Jean-Christophe Bailly ou le dernier Matisse, Rodari propose toujours un éclairage neuf et original – ardent aussi d’une véritable passion intérieure. Beaucoup de ces textes ciselés sont des préfaces, d’autres proviennent de revues comme la revue de Belles-Lettres (il la dirigea de 1972 à 1988), Passim, Art et métiers du livre, L’Animal ou Skira magazine. En ce temps de retour des inquisiteurs, il faut lire son portrait d’Étienne Dolet (1509-1546), le poète-imprimeur humaniste qu’il compare à Dante, Hugo et Mandelstam, cette lignée de créateurs qui « écrivent dans l’espoir d’écarter la tricherie et empêcher le lynchage de l’expression » et « aspirent à vivre en hommes simples et loyaux dans un temps qui de toute façon les dévore. »
Pays habitable – Baptiste Morizot et Laurent Neyret viennent de publier un essai sur « l’habitabilité » (Liberté, dignité, habitabilité, Gallimard). L’idée fait son chemin. Depuis mars 2020, les éditions Pierre Mainard hébergent Des Pays habitables, la parfaite revue semestrielle dirigée par Joël Cornuault. Sa perfection tient en ceci qu’elle donne le sentiment d’avoir trouvé sa pleine harmonie de forme et de fond. Dans l’espace de quatre-vingt-six pages, des textes courts, resserrés, quelques illustrations. À la manipuler comme à la lire, on ressent la même douceur d’épure que procurait feue Théodore Balmoral. Parmi les textes de la nouvelle livraison (n° 13, mars 2026), on se régalera des Greguerías de Bruno Montpied. Le spécialiste d’art hors-les-normes reprend cette forme inventée par Ramón Gómez de la Serna, lui redonnant de nouveaux lustres. Les revues constituent bien des pays habitables où trouver refuge.
Bec décloué – Après un numéro zéro remarquable, le numéro 1 de Déclouer le bec. Revue d’une seule est une merveille. Dans ce Bulletin de la société d’encouragement aux timides, aux frileux, aux terrassés, Marlène Soreda a tout fait. Composé le titre au bois, imprimé sur presse typographique, écrit les textes, choisi les images. Elle la vend au Salon de la revue, au Marché de la poésie et sur commande à l’adresse declouerlebec@gmail.com. « Pour pas cogner/ pas torturer/ pour pas se pendre/ pour buter personne/ et non plus pour cuire à feu doux/ à grands coups de sérieux/ FAITES VOTRE REVUE ». C’est une excellente façon en effet de faire face au contemporain : « Les hommes et les machines sont bien partis pour continuer à produire indifféremment des trucs impeccables sans personne dedans – peu s’en plaindront. C’est dans ce peu que se nichent de possibles camarades. »
À méditer, n’est-ce pas ?
François Bordes
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