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Sigila n° 44 : Mais comment fait-elle ?

L’étonnement reste vif (et partagé par son animatrice) : comment Sigila fait-elle pour prolonger sa proposition d’une revue transdisciplinaire – franco-portugaise – sur le secret – semestrielle – et thématique ?

Nous en sommes au numéro 44 et l’intérêt, le plaisir, la beauté sont toujours au rendez-vous. Avec de plus une sorte de mise en abyme : il s’agit de “secrets de fabrication – segredos de fabrico” : allons-nous apprendre le secret de Sigila ?

Florence Lévi n’a pas eu le temps de rédiger ce mémoire, grimoire ou cahier de recettes : elle livre ici un entretien avec Sonia Godet, parfumeuse, et surtout un article sur un étonnant sujet, les cordonniers-poètes aux XVIe-XVIIe siècles au Portugal (mais on trouvera des réminiscences jusqu’en Allemagne, chez Wagner !).

Elle semble se défausser en confiant le sujet de la fabrication d’une revue à Frédéric Fiolof, créateur de La moitié du fourbi, qui dans un article ébouriffant et documenté, remerciant au passage votre serviteur et ses acolytes, avec talent tourne autour du pot, évoquant, abordant les entrées en matière possible mais ne dévoilant jamais au fond Le secret.

Car il s’agit de parler du secret, de le gloser ou le considérer, non de l’épuiser ou le révéler.

Et les approches et domaines sont très divers. Dix-neuf contributions s’y attachent, couvrant des époques et des aires très vastes, de la médecine médiévale occidentale aux formations entrepreneuriales d’aujourd’hui. La revue se complète classiquement d’un choix de textes, “Anthologie du Secret” accueillant, entre autres, Lobo Antunes, et de comptes rendus et actualités.

Mais l’on aura croisé l’alchimie, domaine du secret s’il en est, ici à travers une pièce du théâtre élisabéthain de 1610 ; Elisa Chimenti, Madeline Miller, Graça Morais et Lídia Jorge, écrivaines qui se croisent, lues, traduites ou étudiées par Camilla M. Cederna, Christine Auché, Sylvie Sesé-Léger et Agnès Levécot ; Simon, sept ans et Nuno Júdice (“Do que se faz a literatura ?”, seul texte en portugais) ; et puis la fabrication d’instruments de musique, Salammbô (oui oui, de Flaubert !) et le cinéma, les relations humaines ou l’optique ; jusqu’aux Secrets de fa…, de Bernard Azimuth

Kristell Blache-Comte nous relate une étude faite au Japon, sur les tisseurs préservant farouchement leurs secrets : il y a de toutes façons la barrière de la langue enveloppant les échanges d’une couche d’incertain, comme ouatés. Et un autre secret surgit, tenant au concret des espaces et partant, plus surprenant. Un très beau texte.

Une très belle revue.

 

Yannick Kéravec

Coordonnées de la revue

 

 


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