NRV

par Éric Dussert
1997, in La Revue des revues n° 23

La chronique a le vent en poupe. L’automne 1996 déjà, une équipe de jeunes journalistes lançait Le Chroniqueur, un magazine mensuel dont l’objet, le principe – ou l’argumentaire – est de confier à des écrivains et des critiques, autant dire des littéraires, la relation et le commentaire des faits de société. Dans le même esprit, Florent Massot, le directeur de la maison éponyme spécialisée dans le polar, a mis au point une revue trimestrielle dont le sous-titre initial « revue littéraire trimestrielle » s’est mué en un audacieux « revue littéraire et politique ». Un retour aux revues de combat, soit.
Cet organe, Florent Massot et ses complices l’ont intitulé NRV. C’est faire d’une pierre deux coups : se signaler à la génération « montante » (post-adolescents et jeunes « actifs », mettons jusqu’à la trentaine, fébrile sans doute) et prendre d’assaut le podium de la parole forte pour y déclarer sur le ton de la révolte et de la plus grande conviction, son refus de « l’économie mondiale » et de ses règles trop inhumaines. Soit.
Le plus marquant de la revue est sans doute son titre, NRV dont le développé reste indécis :
« Nouvelle Revue Violente, ou Violante ou Virulente ou Veloutée ou Variable ou Vierge ». Parfaitement explicite cependant, l’acronyme de cet Énervé-là s’oppose bien sûr à celui de La NRF. Cette dernière étant probablement envisagée comme le témoin d’une époque assoupie, le relief d’un continent littéraire languissant. Le choix de ce repoussoir renvoie à la bouillante verve d’Henri Béraud qui croisait le fer avec André Gide et le cercle de La NRF. C’était, il y a soixante-dix ans, La Croisade des longues figures (Éditions du siècle, 1924), du pamphlet de haut vol, de la poigne et du style contre la prééminence d’une certaine littérature. De même, le but affiché d’Arnaud Viviant, Frédéric Beigbeder et Florent Massot est de jeter un galet dans la mare politico-littéraire, et surtout d’y faire des vagues.
Avec un sommaire où « Société, médias, musique, droit à la paresse, [sont] traités, retraités et mal traités », le numéro inaugural est consacré au « politique ». Il laisse une impression mitigée. Tout au long de 160 pages touffues qui professent un euro-scepticisme trop conforme pour émouvoir, les chroniques s’enchaînent avec une certaine monotonie. La maquette caractérisée par une typographie grasse et sans empâtement y est pour beaucoup. En unifiant l’ensemble, elle occasionne une «vibration» dont l’oeil souffre tandis que l’esprit s’embrume.
Les moments de respiration sont la très belle et très surprenante intervention d’un OVNI littéraire, le sous-commandant Marcos, guérillero et poète mexicain, celles de Philippe Pigeard ou de Christophe Tison qui plaide pour le « revenu d’existence » promu par certains économistes scandinaves, ou encore les poèmes de Michel Houellebecq. Ils offrent des bouffées d’air dans un espace contraint, ils rompent une linéarité où s’installent des gloses un peu vaines.
La chronique est un genre délicat. D’abord parce que ses armes sont à double tranchant : la provocation vire facilement à la gesticulation et une plume trop systématiquement piquante mène vite à l’ennui. Au fond, plutôt que d’offrir la « permission d’écrire plus llllooonnnggg [sic] », le comité de rédaction devrait promouvoir la concision en gardant à l’esprit que le bavardage est toujours perçu comme un travers NRVant.

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