« Sur les revues

Marc Fumaroli (1932-2020), de XVIIe siècle à Commentaire

De l’Académie française. Membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres. Professeur honoraire au Collège de France. L’itinéraire de Marc Fumaroli (1932-2020), apparaît comme le parangon du cursus honorum le plus académique, le plus classique – le modèle de gloire que la nation France offre à ses plus grands savants.

 

L’Âge de l’éloquence (Droz, 1980), sa thèse érudite et brillante consacrée à la rhétorique et à la « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique fait autorité. Ses essais sur La Fontaine  (de Fallois, 1997)  ou Chateaubriand (de Fallois, 2003) rappellent les grandes heures d’une époque où L’Europe parlait français (de Fallois, 2001). Ce lecteur de Cioran — qui l’aurait peut-être malicieusement ajouté à son Essai sur la pensée réactionnaire, refusa de « se laisser impressionner par la décadence ». Ainsi, écrivait-il en 2017 dans Commentaire : « J’ai cherché, enseigné et écrit pour faire revivre, au moins par la mémoire, quelques siècles de fécondité française. » Ce voyage à la Recherche d’une France perdue passa, naturellement, par les revues – cette invention moderne.

 

Revues savantes et scientifiques, d’abord et avant tout, comme le montrent les recueils L’École du silence. Le sentiment des images au XVIIe siècle (Flammarion, 1998), les Exercices de lecture. De Rabelais à Paul Valéry (Gallimard, 2006) ou ses nombreuses études données à la Revue d’histoire littéraire de la France.  Dès 1976, après avoir succédé en Sorbonne à Raymond Picard, le grand adversaire de Roland Barthes, Marc Fumaroli dirigea durant dix ans la revue XVIIe siècle, érudite publication de la Société d’étude du XVIIe siècle dont les modernistes connaissent l’austère couverture verte au charme un peu suranné.

 

En 1978, avec François Fejtö, Annie Kriegel, Pierre Manent ou Jean-François Revel, Marc Fumaroli fit partie du groupe rassemblé par Jean-Claude Casanova autour de Raymond Aron pour lancer la revue Commentaire. Ce fut dans la revue libérale qu’il lança ses attaques contre « l’État culturel » – titre de son virulent essai pamphlétaire qui le fit connaître du grand public. Dans les colonnes de Commentaire, en 2008, il donna une note de lecture à la tonalité très personnelle – et révélatrice – sur les « Français du Maroc » auxquels Marc Fumaroli appartenait [1]. Né à Marseille dans une famille corse, le défenseur de la « fécondité française » grandit à Fès, avant de monter à Paris. Au détour d’un compte rendu, il s’interrogeait sur une « mémoire en friche » qui était, aussi, la sienne. Collaborateur prolixe de la revue (plus de 130 contributions), il quitta le comité en 2010 tout en continuant de publier dans ses colonnes. Le numéro de cet été 2020 propose ainsi ses réflexions sur Léonard de Vinci [2]. Cet érudit amoureux du Grand siècle était aussi un fin connaisseur de l’Italie. Dans « Les abeilles et les araignées », sa brillante préface à l’anthologie consacrée à La Querelle des Anciens et des modernes, il dessinait un profil de l’Ancien d’après Trajano Boccalini : « érudit sans être pédant, ingénieux et virtuose sans dépendre de la mode, vivant et amusant sans être superficiel [3] » – une forme d’autoportrait rêvé ?

 

François Bordes

 

[1]. « “Pieds-noirs” et “Français du Maroc” », Commentaire, n° 121, printemps 2008.

[2]. « Léonard de Vinci, prophète ou ancêtre ? », Commentaire, n° 170, été 2020.

[3].  La Querelle des Anciens et des modernes, Gallimard, 2001.


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