« Au fil des livraisons

R de Revues : W comme Wagon

 

Avez-vous connu R de Réel, merveilleuse revue proposée par Raphaël Meltz et Lætitia Bianchi, avant Le Tigre ?
Elle proposait un programme alphabétique qu’elle a tenu au gré de 24 numéros.
Vingt ans plus tard, l’ami François Bordes se propose un tel programme appliqué aux revues dont il extraira, dans les semaines, les mois qui viennent un thème, un mot, une notion… pour contrer les confinements intellectuels.

 

Vingt-deuxième  livraison, avec la lettre W : sur les rails !

 

Et puis, l’an dernier, il y eut ce moment inouï où les trains cessèrent de circuler. On observait les rails déserts. Un beau jour, quelques-uns réapparurent timidement. Ils étaient vides. Nous regardions les rares passagers, un ou deux dans chaque wagon. Puis, peu à peu, trains et voyageurs se firent plus nombreux. Et la vie reprit son cours normal.

 

Je ne passe pas un jour sans saluer un train. La première revue que j’ai feuilletée se nommait La Vie du rail. Autant dire toute ma joie, arrivé à la lettre W, de chanter une brève louange du Wagon, du ballast, des gares et du chemin de fer.

 

Mais si le train demeure une merveilleuse locomotive pour l’inspiration et l’imagination, il est aussi le sujet de nombreuses publications, d’études savantes et passionnées. L’histoire des chemins de fer possède son association créée par des professionnels des chemins de fer, représentants des entreprises ferroviaires françaises et des chercheurs. Elle se nomme Rails et histoire, et propose « d’étudier et faire connaître l’histoire et le patrimoine ferroviaire français dans tous ses aspects ». Pour cela, elle organise des colloques et des programmes de recherche ; elle s’est dotée d’un site internet [1] et d’une revue. Les publications sur le sujet sont nombreuses : outre La Vie du rail, signalons Le Train, Rail passion, Loco-revue, Ferrovissime ou Voie libre. La Revue d’histoire des chemins de fer que publie Rails et histoire est animée par des spécialistes et des passionnés. Elle se présente sous l’élégante forme d’une revue sur papier glacé très richement illustrée. Technique et scientifique, elle est particulièrement vigilante à la préservation du patrimoine ferroviaire et à la transmission de son histoire. Son prestigieux comité de rédaction en témoigne.

 

Son numéro 54 est consacré au patrimoine ferroviaire dans le monde. Pour qui a vu son univers restreint à un rayon de 1 puis 10 kilomètres, quel plaisir de découvrir toutes ces gares anglaises, brésiliennes, italiennes ! On se plongera aussi avec le plus vif intérêt dans le tableau établi à partir de la base Mérimée relevant toutes les gares inscrites et classées à l’inventaire des Monuments historiques et précisant leur situation actuelle : active, désaffectée, réaffectée. Au départ de la Gare d’Orsay, on arrive à l’ancienne gare frontière de Nouvel-Avricourt, en passant par Trouville-Deauville, Tours, Royat-Chamalières, Toulouse-Matabiau ou Cauterets.

 

Lorsque, pour un dossier de la revue Fario, je posais au poète Eugenio de Signoribus la question « Où écrivez-vous ? », il me répondit immédiatement : « dans le train, ça me prend surtout dans le train ». Nombreux sans doute sont les membres de la compagnie fondée par Archibald Olson Barnabooth, aède des sleepings et chantre des chemins de fer. Le rail est un monde en soi, un univers, un merveilleux cosmos dont le wagon est le cœur, le cocon, l’habitacle enchanteur, l’atelier rêvé [2].

 

François Bordes

 

 

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[1]. Voir https://www.ahicf.com et http://openarchives.sncf.com/lieux-ressources/association-rails-et-histoire

[2]. Cette chronique nomade, écrite dans un train, est tout naturellement dédiée aux gens du rail.


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