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Le n° 100 d’En attendant Nadeau : Lire les autres

 

Delphine Presles

Le 25 mars dernier, alors que nous entamions plusieurs semaines de confinement, En attendant Nadeau, créé en 2016, publiait son centième numéro. Son équipe a préféré ne pas célébrer cet anniversaire dans un contexte qui réclamait d’inventer une manière de réagir, depuis et avec les livres, aux évènements qui empêchaient nos vies habituelles. La rédaction d’EaN a donc proposé pendant tout l’été un large dossier, très profus, qui plutôt que de se centrer sur le journal lui-même, s’est intéressé aux numéro 100 d’autres revues !

 

Préférer l’altérité à l’entre-soi, l’épaisseur du temps plutôt que la ponctualité… Voilà ce qui semble présider à ce dossier estival d’un journal qui se conçoit comme une relation intellectuelle qui s’oblige à penser le contemporain au travers des livres, des textes dont il faut faire quelque chose. Ainsi, les collaborateurs d’EaN ont choisi chacun d’écrire sur le centième numéro d’une autre revue, dressant ainsi un fascinant panorama culturel et intellectuel qui va tous azimuts.

 

Textes subjectifs et variés qui abordent des revues de tous ordres se croisent et proposent une circulation dans un corpus considérable. Tantôt, ils rappellent un souvenir, une lecture marquante, décrivent une relation singulière avec une revue, ce qu’elle dit des idées, de la politique, de la littérature, du temps. On est ainsi du côté d’une bibliothèque intérieure des revues, d’une mémoire de leur univers, de leur contexte et de ce qu’elles portent de nous-mêmes. À d’autres moment, c’est le choix d’une sorte d’encyclopédisme qui est fait, d’une contextualisation, de l’étude d’une position ou d’un corpus particulier.

 

Ce dossier obéit à cette tension qui nous fait lire des revues, qui en pense l’histoire et le rôle. En se penchant sur des centièmes numéros, les lecteurs d’En attendant Nadeau nous invitent à les suivre dans leurs parcours de lecteurs, à réfléchir comment on célèbre ce cap, ce qu’il dit de la vie même des revues, la manière dont elles existent dans la durée, comment elles se retournent sur elles-mêmes. Généreux, ouvert, le dossier d’été du journal se pense par le devers. Car en s’intéressant aux numéros 100 des autres, ses animateurs réfléchissent la place et le rôle de leur propre revue, ils la considèrent in absentia en quelque sorte.

 

On se convainc à la lecture de ce dossier de la grande diversité des revues. On y considère ce qu’elles marquent ou conservent de nos mémoires de lecteurs, ce qu’elles disent du présent, comment elles y interviennent. On y découvre ou redécouvre des états d’esprit, des dispositions, des idées, des communautés. En se frottant à ces centièmes parutions, on aiguise un certain esprit critique, on contrevient aux évidences, on saisit bien le rôle moteur des revues, leur dynamisme, leur nécessité.

 

On lira ainsi des articles, des interventions plutôt, de critiques qui ouvrent leurs bibliothèques intérieures, se penchant sur tel ou tel titre, nous expliquant pourquoi ou non, pour effleurer un continent mental et culturel qui semble infini. On lira de textes sur des revues classiques, importantes, qui ponctuent le paysage culturel français : Esprit, la NRF, Critique, L’infini, Europe ou Le Débat… Mais aussi, on fera des pas de côté, avec des textes sur Positif, Trafic, Rock & Folk… On reviendra aux sources avec Combat ou Les Lettres nouvelles de Maurice Nadeau… On déambulera tout autant du côté des choses savantes et pointues avec Les Annales de géographie ou Allemagne d’aujourd’hui que, avec une pointe de nostalgie, de celui de Pilote ! Quelques excursions vers l’étranger ponctuent ce numéro très riche qui comprend aussi un retour sur A littérature/action ou L’Atelier du roman, ainsi que quelques curiosités comme Le Vocatif, Le Coq-Héron ou Subsidia pataphysica

 

L’intérêt est toujours de remettre au centre une certaine manière d’envisager le monde, les idées, de penser au travers du tamis des textes, de concevoir des relations entre eux, des continuités, des ruptures. On y perçoit surtout des énergies, des efforts, des obstinations. À penser, à être ensemble. Comme le rappelle Tiphaine Samoyault en citant Roland Barthes dans l’éditorial de ce numéro : « “Cent” veut dire : ce n’est pas une conclusion, ce n’est pas fini, ça continue. »

 

 

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En attendant Nadeau est partenaire du Salon de la revue

 

 


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